Pluribus : explication de la fin

Quand Vince Gilligan est à la tête d’une série, le résultat est toujours de la partie : c’est ainsi qu’on a vu arriver les chefs d’œuvres que sont Breaking Bad et Better Call Saul. Alors quand il est revenu avec sa nouvelle création Pluribus, une proposition assez différente mais tout aussi passionnante. Et comme chacune de ses œuvres, rien n’est laissé au hasard et tout a un sens : c’est pourquoi nous vous proposons cette petite analyse afin de tout comprendre de cette série événement à ne surtout pas rater.

Attention aux spoilers Carol, cet article en est truffé !

Synopsis

La personne la plus malheureuse au monde est la seule capable de sauver l’humanité… du bonheur.

Synopsis intrigant n’est-ce pas ? Bon, pour vous résumer un peu le début : Carol Sturka (Rhea Seehorn) est une romancière à succès qui n’aime pas vraiment la saga de romans à l’eau de rose intergalactique dont elle est à l’origine. De retour d’une tournée pour la sortie de son dernier opus, Carol et sa femme Helen (Miriam Shor) s’arrêtent boire un coup dans un bar. Alors à l’extérieur pour fumer une cigarette, le couple assiste à un accident de voiture : un chauffeur pris de convulsions a percuté une voiture garée dans la rue. Quand Carol se retourne pour chercher l’aide de sa compagne, elle la découvre elle aussi prise de convulsions…

S’ensuit une course pour trouver de l’aide. D’abord dans le bar, mais l’entièreté des personnes présentes se tiennent debout, figés et convulsant. Puis dans un hôpital, où le constat est le même… Quand soudain, toutes les convulsions cessent en chœur. Malheureusement, Helen décède dans les bras d’une Carol impuissante, qui se retrouve encerclée par toutes les personnes présentes qui s’adresse à elle d’une seule voix, l’appelant par son prénom. L’écrivaine prend la fuite vers sa maison avec le corps de sa compagne, et une fois arrivé elle découvre que tout ses voisins sont dans le même état : sorte de zombies, ils semblent tous contrôlés par une seule entité qui connaît tout de la jeune femme (jusqu’au double des clés caché sous le pot de fleur qu’elle avait elle même oublié !).

En allumant la télévision, seule une chaîne diffuse encore : un discours du sous-secrétaire d’État à l’agriculture. Mais celui-ci reste muet, et le texte défilant invite Carol à appeler un numéro de téléphone. Elle s’exécute, et entre en conversation avec l’homme politique. Ce dernier tente de la rassurer en lui assurant qu’elle est en sécurité et qu’ils ne lui veulent aucun mal. Il lui explique ensuite la situation : 14 mois auparavant, des scientifiques ont intercepté un signal extraterrestre correspondant à une séquence nucléotidique que les chercheurs ont réussi à reproduire. En gros, une sorte de virus recréé en laboratoire, qui s’est propagé petit à petit pour contaminer tous les êtres humains et qui s’est activé une heure plus tôt, provoquant les convulsions. Certains humains n’ont pas survécu mais leur conscience a tout de même rejoint le groupe : c’est ainsi via Helen qu’ils savent tout sur Carol. Enfin, il révèle que seul 12 autres personnes sur les 8 milliards dans le monde sont dans le cas de Carol : immunisé au virus pour une raison inconnue. Le but du «nous» est de réussir à convertir la jeune femme et les autres, afin que l’humanité soit enfin en paix et jouisse d’un bonheur total.

Explication de la fin

Carol n’entend pas cette fusion de la même oreille : pour elle, cette conscience collective est la fin de l’individualité et de la personnalité, soit les éléments qui font de nous des humains. Son objectif : trouver une solution pour inverser cette fusion et faire revenir le monde à la normale. Mais les autres «survivants» comme elle ne sont pas de cet avis : leurs proches ayant survécu à la fusion, étant constamment accompagnés et le groupe étant très gentil et avenant avec tout le monde, ils n’ont qu’une hâte : rejoindre eux aussi le «nous». Carol essaye donc de trouver des éléments pour démontrer aux autres que sous leurs airs sympathiques et ne voulant que le bien de l’humanité, le groupe est néfaste.

Elle découvre ainsi par exemple en explorant une usine abandonnée que le groupe se nourrit notamment d’êtres humains. Mais là encore, le «nous» a une explication : ils vivent en parfaite harmonie avec la nature, et s’interdisent donc de tuer n’importe quelle forme de vie, animale ou végétale. Ils ne peuvent cueillir une pomme par exemple, il leur faut attendre qu’elle tombe d’elle-même sur le sol. Même chose pour les animaux, ils attendent leur mort naturelle pour les consommer. Mais ce mode de vie ne contient pas assez de calories pour maintenir la population en vie. C’est pourquoi ils ont mis au point un breuvage contenant toute l’énergie nécessaire à un humain, qui leur permet de faire d’énormes économies de nourriture. Et c’est ce breuvage qui contient un pourcentage de viande humaine : une part importante de la population est morte durant la fusion, leurs cadavres sont utilisés pour ne rien gaspiller, et garantir la survie de tous. Et tous les «survivants» sont d’accord avec cela, estimant en effet que c’est le meilleur moyen de survivre tout en ne tuant personne.

Quoi que trouve Carol, le groupe a toujours une bonne raison d’agir. Et quand elle arrive à soutirer à demi mot à Zosia (Karolina Wydra), la représentante du groupe qui la suit partout, qu’il existerait un moyen d’annuler la fusion, le groupe déserte la ville et abandonne la jeune femme. Plus seule que jamais, elle se rend compte de tous les efforts continuels que fait le groupe, qui ne semble être motivé que par son bonheur. Après une longue dépression, elle leur demande de revenir et noue un lien affectif particulier avec Zosia, d’abord amical puis amoureux. C’est au travers d’une de leur discussions qu’elle apprend le grand projet du «nous» : ils sont en train de mettre au point une immense antenne pour diffuser le virus sur d’autres planètes, pour leur offrir le magnifique cadeau dont l’humanité a bénéficié et sauver toutes les populations à travers l’univers.

Le dernier épisode de la saison 1

Tout au long de la saison, Carol a incarné la résistance individuelle à l’effacement de soi. Alors que la planète s’uniformise dans un “hive mind” de zombies empathiques, elle a refusé cette paix morbide, choisissant la solitude et la franchise désordonnée des émotions humaines. 

Dans le final, deux trajectoires majeures se croisent et se heurtent : celle de Carol et celle de Manousos, un autre humain immunisé ayant traversé des milliers de kilomètres depuis le Paraguay pour la rejoindre. À sa grande surprise, il arrive trop tard : l’isolement prolongé de Carol a déformé son jugement, et elle a fini par s’abandonner à une illusion affective avec Zosia. 

Ce n’est pas un simple moment romantique : c’est une réponse psychologique et humaine à la solitude extrême. Carol se laisse séduire par l’idée d’une relation plutôt que de rester seule à lutter. Zosia, en bonne incarnation de la conscience collective, répond parfaitement à ce besoin, adoptant même des pronoms à la première personne pour se faire accepter comme “individu”. Mais cette douceur est une illusion : Les autres continuent d’avancer leurs plans d’assimilation, et Carol finit par craindre leur influence, notamment quand elle découvre qu’ils ont accès à ses œufs congelés et pourront en faire des cellules souches pour la convertir sans son consentement. 

Puis vient le moment le plus marquant du final, lorsque Carol rejoint Manousos et se dit prêt à agir pour sauver le monde. Un conteneur gigantesque est déposé devant la maison de Carol via un hélicoptère. Lorsque Manousos lui demande ce que contient ce “cadeau”, Carol répond simplement  « Bombe atomique » et c’est sur ces deux mots secs que se termine la saison. 

Cette image peut être prise littéralement (et les showrunners ont confirmé qu’il s’agit bien d’une véritable bombe, intégrée parce qu’Apple et Sony voulaient un final plus “explosif” que la version initialement plus subtile prévue par les créateurs). Mais elle se lit aussi symboliquement : la bombe est la matérialisation de l’arme ultime, de la liberté radicale de Carol, et de sa détermination à ne plus subir ni la conformité, ni sa propre souffrance. 

En conclusion, la fin de Pluribus saison 1 est une proclamation ambiguë et puissante : l’humanité n’a pas renoncé, mais elle n’a pas encore trouvé sa voie pour contrer l’uniformité forcée des Others. Face à un confort totalitaire et une harmonie fabriquée, Carol choisit le chaos humain — une réponse brutale, incertaine, mais profondément humaine. 

Analyse et thèmes de la série

La série de Vince Gilligan nous invite à nous questionner sur l’espèce humaine. Sommes-nous vraiment bons ? Méritons-nous d’être sauvés ? A quel prix ? Autant de questions philosophiques que l’œuvre aborde de façon très intéressante : Tout prend place du point de vue de Carol, qui agit somme toute comme beaucoup d’entre nous agiraient à sa place : refuser en bloc ce changement, vouloir prouver que ce groupe est néfaste,… mais au fur et à mesure qu’avance le récit, on en vient à se demander si le «nous» n’est finalement pas plutôt bénéfique : certes tout le monde partage le même esprit donc plus personne n’a de personnalité propre, mais la fusion à mis fin aux guerres, aux violences, le monde entier vit en paix et en harmonie pour la première fois de l’histoire de l’humanité. Mais est-ce que cette harmonie vaut le coup de perdre notre humanité ? Car notre esprit, notre personnalité, c’est ce qui fait de nous des individus, ce qui nous rend unique. C’est ce qui nous rend humain. Cette fusion sauve et condamne en même temps l’humanité, dépendant du point de vue. C’est une réflexion passionnante sans réelle réponse, et la série la traite particulièrement efficacement, en nous faisant adopter la vision de Carol, tiraillée entre son humanité et ce groupe qui semble heureux et pur, ne vouloir que son bonheur, et sans aucune animosité ou forme de méchanceté et de violence quelle qu’elle soit.

La dépression est également prépondérante dans cette histoire. Carol est un personnage déprimé, sarcastique, alcoolique, écrivant des romans qu’elle ne supporte plus dans un univers dont elle ne comprend pas le succès. Les quelques flashbacks montrant sa vie avec Helen nous montre cette carapace de «jamais contente» qui l’empêche de voir et de profiter de la beauté des choses, au contraire de sa compagne. Mais quand Helen meurt, elle perd tout. C’est seule face à ce groupe ne formant qu’un, méprisée par les autres «survivants», que sa dépression empire. Elle s’enferme dans son combat contre le groupe, les rejetant en permanence malgré leurs efforts pour la contenter, et quand ils finissent par partir et l’abandonner, le poids de la solitude la fait vriller. Elle devient irrespectueuse, capricieuse, à détruire des vitres d’immeubles à coups de balles de golf, elle n’attache plus d’importance à la vie et risque même la mort sans broncher. La solitude a un rôle crucial dans cette série, nous présentant cette femme seule, ne pouvant faire partie des groupes sociaux qu’elle rencontre (génétiquement pour le «nous», ou juste par antipathie pour les «survivants»), elle est seule contre tous dans cette ville désertée par l’humanité. C’est quand enfin elle en prend conscience qu’elle supplie le groupe de revenir, et entament une relation amoureuse avec Zosia, seul contact qui lui reste. Alors qu’elle se bat contre eux, qu’elle ne fait que dire qu’ils sont tous la même personne, tomber amoureuse de Zosia montre bien le manque affectif que doit combler Carol, mentalement à bout depuis des années et exacerbé par la mort de sa bouée de sauvetage, Helen.

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