Ma première vrai rencontre avec le Joker eut lieu dans le premier Batman de Tim Burton. Ses autres apparitions (dans les comics et le dessin animé des années 90) ont confirmé l’image que j’avais de lui. Flamboyant, fou à lier et machiavélique au possible, tel était le Joker que j’imaginais. Ajoutez à cela que la première impression étant toujours la plus dure à faire disparaître, j’ai longtemps pensé que finalement, c’était vraiment lui le tueur des parents du jeune Bruce Wayne et que son visage n’était dû qu’à un bain d’acide.
Dans Batman : The Dark Knight, Christopher Nolan a donné son image du Joker, un parrain de la mafia, intelligent, machiavélique, dangereux. Personne ne connaît son histoire (contrairement à celui de Burton), mais en contrepartie, il perd de sa flamboyance au profit d’une folie presque intérieure, et d’autant plus terrifiante.
Autant le dire tout de suite, je n’ai pas aimé le Joker de Nolan, trop éloigné pour moi du Joker « historique »… et pas seulement à cause de Burton, mais surtout à cause d’Alan Moore. Dans The Killing Joke (qui a inspiré diffament les deux interprétations cinématographiques du Joker), le personnage du Joker est juste parfait. Terrifiant psychopathe qui n’hésite pas à blesser gravement Barbara Gordon (fille du commissaire du même nom), la laissant en pâture à ses hommes et la photographiant, il garde cependant son côté théâtral (il fait cela en bermuda et chemise à fleurs). Pendant tout le roman graphique, Moore nous raconte les origines du Joker pour finalement nous annoncer que finalement, lui-même ne sait plus si cette histoire est vraie.
C’est donc face à un Joker mystérieux, fou, dangereux et théâtral que Batman se bat. Mais le danger numéro 1 de ce Joker n’est pas ses actes, mais sa théorie. Et c’est cette théorie qui fait (entre autre) de The Killing Joke un chef d’œuvre. La thèse du Joker dans ce one-shot est que n’importe qui sur Terre peut devenir fou avec une seule mauvaise journée. Les exemples soutenant sa thèse n’étant autre que lui (même si l’on peut en douter avec sa vraie/fausse histoire), mais aussi et surtout Batman. Derrière l’apparente folie, c’est là toute l’intelligence du Joker qui est montrée au grand jour. Finalement, tout comme le Joker de Burton, il n’est fou que de façade, la vie étant une blague.
La force du scénario de Moore ne repose cependant pas que sur le Joker, mais aussi sur Batman. Effectivement, nous avons vu que la thèse du Joker était tout à fait démontrable sur le chevalier noir de Gotham. Mais en plus, Moore nous présente un Batman finalement aussi dérangé que le Joker. Bien qu’il soit son opposé complet au niveau de sa notion de justice, Batman est son exacte réplique concernant sa santé mentale. C’est justement pour cela qu’il explose de rire avec le Joker à la blague venant conclure l’ouvrage, rire qui pourrait être des larmes, ces deux personnages étant finalement aussi détruits psychologiquement l’un que l’autre.
De Burton ou de Nolan, je ne choisis donc aucun Joker, le seul et unique est pour moi celui de Moore, qui aura bien du mal à être dépassé par son charisme, sa puissance et son brio.
Ah, j’allais oublier, mais un Joker aussi complexe et riche est présenté en 48 pages seulement…
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