L'Orchestre de Minuit un film de Jérôme Cohen Olivar

Qu'il est difficile d'exprimer à quel point ce film est paradoxal, et ne reflète absolument pas l'image qu'il vend de lui.

Synopsis

A la demande de son père, Mickael Abitbol est de retour au Maroc, son pays natal après l’avoir quitté trente plus tôt. Il n’a aucun souvenir de cette période faste pendant laquelle son père était un célèbre musicien et membre de L’Orchestre de Minuit. Les retrouvailles ne sont que de courte durée car son père s’allonge sur son lit en jouant de son instrument favori mais ne se réveillera plus. C’est en voulant rapatrier le corps de son père qu’il va faire la connaissance d’Ali, véritable fan de ce dernier et partir à la rencontre des membres de l’Orchestre de Minuit…

Critique

2Aux premiers abords, nous nous attendons à une histoire juste et touchante d'un fils qui retourne au Maroc voir son père, célèbre musicien et qui, progressivement dans le récit, va le comprendre et le connaître à travers son passé musical. En effet, c'est un peu cette histoire qui est racontée et ce n'est pas tant le scénario qui dérange puisque finalement, il tient la route. Il possède bien tous les ingrédients permettant de rendre le film intéressant et attendrissant. Je me suis toujours dit que l'ingrédient principal pour concocter un bon film résidait avant tout dans son scénario (attention, je ne dis pas que c'est vrai, seulement que la réussite d'un film réside dans 50% de son scénario, au moins). Et bien, peut être que j'avais tort après la vision de ce film. Le scénario du film de Jérôme Cohen-Olivar a dû être prometteur sur le papier, mais a été tellement déformé et poussé au paroxysme du cliché, que j'avais l'impression de regarder une parodie d'un vieux soap-opera brésilien, qui, au moins aurait été assumé.

Le film mélange le français et le marocain selon l'origine et les échanges entre les personnages. Il aurait peut être mieux valu qu'il soit tourné en langue marocaine seulement. Car, je n'avais (presque) jamais vu un jeu d'acteur aussi pauvre et inefficace, et ceci a été encore plus accentué, justement parce qu'il y avait cette conscience de la langue française. Bien qu'il ait l'air tout ce qu'il y a de plus sympathique, l'acteur principal, Avishay Benazra, qui, soit dit en passant, jouait dans son tout premier film, a complètement manqué sa prestation. Doté d'une seule et même expression durant presque tout le film, celle du regard le plus long et vide possible même lorsqu'il boit du thé.

Nous aurions pu penser que sa prestation aurait illuminé celle de ses compagnons. Malheureusement, il n'en est rien. Mis à part Gad Elmaleh, que nous connaissons et qui se repose sur ses lauriers en tirant les ficelles du juif blédard jusqu'à ce qu'elle craquent et que nous ne sachions plus vraiment quoi attendre d'autre de son jeu d'acteur.

Beaucoup trouveront le personnage d'Ali, le chauffeur de taxi, sympathique mais ce ne sera qu'un leurre. Car Ali, non pas qu'il soit mal interprété, n'existe tout simplement pas. Il est vrai que c'est drôle de jouer sur le cliché des accents, des quiproquos lorsque l'on ne comprend pas la langue, et les attitudes, .. mais Ali est bien trop exagéré pour représenter une moitié de la réalité. Il aurait pu tout aussi bien être un personnage hyperactif de dessin-animé que cela m'aurait moins choquée.

068107Autre point qui m'a vraiment surprise : le film s'intitule « l'Orchestre de minuit » et relate le passé musical du père du protagoniste. Bien sûr, il est normal que nous suivions Mickael dans sa quête de soi à la recherche de ses racines et de son passé. .. Seulement, où est passée la musique ?? Avec un titre aussi poétique, des acteurs musiciens, chanteurs et des lieux propices au Maroc pour pouvoir reconstituer une ambiance musicale forte, je ne comprends pas que le film ne se soit arrêté qu'à des promesses. Des promesses et non des actes, pour plusieurs raisons : nous savons que le père de Mickael Abitbol a été un musicien TRÈS célèbre au Maroc avant de mourir, or, à aucun moment du film, ou presque, nous n'avons pu assister aux performances de ce prodige. Au même titre que nous savons que Mickael sait déjà chanter et jouer de la musique depuis qu'il est enfant. Nous attendons simplement ce moment dans le film qui va le révéler à tout son entourage, et enfin il se lâchera et rendra toute la notoriété, de son père, justifiée. Et bien, pas du tout. C'est vraiment étonnant qu'un film dont le personnage principal devrait être tout de même la musique, en fasse uniquement mention. Le problème, c'est qu'à force de parler musique pendant 1h45 de film, nous nous attendions à voir THE show musical, le grand final qui allait nous transporter entre les chants orientaux et la touchante histoire de Mickael et de son père. Mais, cette scène finale a été évacuée, comme si le réalisateur voulait nous expliquer que finalement ce n'était pas une histoire de musique, mais bien d'amour et de retour aux origines. Soit. Mais, dans ce cas, il y a eu une mauvaise gestion de la thématique du film.

Quel dommage car ce film aurait pu être tout autre. L'histoire d'un fils qui retourne aux sources et découvre que son père est un des plus grands musiciens du Maroc, et qui cherche à en savoir plus après la mort de celui-ci... Avec ce mini synopsis, on s'attend à découvrir une belle palette de compositions marocaines « faite maison » ; on s'attend à un clash culturel franco-marocain, qui ne rendrait la situation que plus délicate et donc plus vive ; on s'attend à une histoire bouleversante entre un père et son fils, et entre un homme et son pays ; mais surtout, on s'attend à ce que les personnages soient au moins assez sincères et vrais pour que nous n’ayons même pas à nous poser la question évidente de savoir s'ils sont bons acteurs...

2 comments

  1. Banya 4 mars, 2016 at 16:05

    Article bien écrit…. mais j’ai cette impression qu’on a bien vu le même film mais que nous n’avons pas compris le même message.
    Je commencerais par votre dernière remarque, la promesse de musique. Peut-être est-ce l’affiche française du film qui vous laisse penser que le thème du film était la musique ? Car l’affiche marocaine, elle, est sans ambiguïté, à voir le sourire et le regard des acteurs… on sent immédiatement que le thème principal du film est l’Amitié.
    La langue marocaine est bien présente dans le film, le français est utilisé à juste titre pour mettre en exergue le fait que l’acteur principal est parti tellement jeune qu’il en a occulté même la langue de son pays…

    Sans rentrer dans les révélations sur le scénario j’ai bien entendu de l’arabe tout au long du film. Et à bien y regarder, le regard d’Avishay Benazra évolue aussi au rythme du recours à la langue marocaine… Et ce regard nous le retrouvons dans l’affiche marocaine.
    Le personnage du chauffeur de taxi reprend tout les traits d’humour que nous pouvons trouver chez les marocains voire les casablancais. Traits grossis évidemment mais au nom de la comédie.
    En gros, le jeu d’acteur s’inscrit, pour moi totalement dans les messages que le film cherche à faire passer.

    Pour ma part, concernant la musique, ce n’est qu’en sortant du film que l’on comprend que l’un des thèmes est non pas la Musique mais l’Absence de musique et ses impacts sur les comportements humains.

    Enfin, même si à titre personnel, je trouve qu’on à du mal à suivre le rythme du film (combien de temps se passe l’action ?) personnellement je le conseillerais pour la simple raison que plusieurs jours après avoir vu le film, je me surprenais à y repenser du point de vue de l’amitié, de la fraternité et du vivre ensemble…

    Une critique qui exprimera certainement mieux mon ressenti : http://pulp-movies.com/films/lorchestre-de-minuit/
    Bien à vous.

  2. Inès Baalouche 6 mars, 2016 at 16:10

    Bonjour Banya et merci de votre commentaire. En général, je vous rejoins sur le fait que la musique n’est effectivement pas le thème principal du film. Seulement, cela laisse place à un film fade dont les sujets tels que l’amitié ou le retour aux sources sont survolés. Ayant lu votre article, je pense que Aziz Dadas, qui incarne le chauffeur de taxi, ne reflète pas l’humour arabo-marocain, comme vous semblez l’exprimer. Cela voudrait dire que cet humour ne se reconnaitrait que dans ses pitreries et ses clichés, et cela je le réfute.
    Concernant le jeu d’Avishay Benazra, ce « grand ténébreux », pour reprendre vos mots, je ne suis pas sûre qu’il ait été adapté à ce type de film. Il est doté d’une prestance indéniable mais c’est tout ! Son jeu est, je le crois vraiment, très mauvais et ses expressions bien trop pauvres. Rappelez-vous la scène de la mort de son père, lorsqu’il crie « à l’aide », en pleine détresse… Ses intentions et son ton ont été complètement décalés par rapport à l’intensité qui aurait du couvrir la scène.
    Merci pour votre commentaire construit, et bien que nos avis divergent, je pense que nous avons toutes deux, au moins, apprécié l’intention et le sujet du film.

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