Analyse Black Mirror Saison 3 de Charlie Brooker

En représentant de manière aussi glaciale des quotidiens immergés dans les technologies, Black Mirror nous démontre au contraire qu'elle fait partie de ces séries profondément humaines. Chaque épisode est une remise en question de notre conditionnement "d'aliénés" et déploie avec authenticité et intensité une réalité qui n'est pas la nôtre mais pourrait très bien le devenir.

 

Synopsis

Comme pour les saisons précédentes, la saison 3 exploite de manière individuelle notre rapport aux hautes technologies, tout en y mêlant des questionnements humains lourds de sens et universels. Des sujets d'actualité forts et parlants comme la pédophilie, l'euthanasie, la conscience militaire, les jeux vidéos, etc, ...

Autant de sujets susceptibles de nous marquer par l'ajout de concepts technologiques denses et efficaces. Une saison à la fois traumatisante et salvatrice qui se sert encore une fois de la dépression comme motrice d'une remise en cause glaçante.

 

Analyse

La grande nouveauté de cette saison, c'est que la série ayant été rachetée par Netflix (avant diffusée sur Channel 4), s'est quelque peu américanisée (mais pas complètement). Un problème, diriez-vous, surtout lorsque l'on sait que ce qui faisait la tranchante tonalité du show était appuyé par cet accent Uk que l'on aime tant. Et bien, rassurez-vous, Brooker n'a pas perdu de vue ses objectifs et nous régale toujours autant par la teneur de ses messages.
Aussi, pourquoi les thématiques abordées dans la série nous touchent-elles particulièrement ? En effet, les sujets sont tellement adaptés à notre situation culturelle et politique actuelle, que nous ne pouvons qu’éprouver de l'empathie pour les personnages et ce qui est dénoncé.
Charlie Brooker s'est surpassé et nous sert son génie dans une assiette aux ingrédients mordants avec, non plus trois épisodes, mais six ! Son discernement sur l'être humain est sans faille et remarquable car il n'expose pas, à la manière de Minority Report par exemple, seulement une prouesse technologique gratuitement.
Non, chaque outil, aussi avancé soit-il, sert subtilement la narration et porte un message spécifique à la fin de chaque épisode, laissant constamment le spectateur dans la réflexion de soi et de son rapport à l'Autre.

L'utilisation des outils est parfaitement dosée, et il ne cherche pas à nous en mettre plein la vue dans un univers qui serait uniquement du sci-fi semi-futuriste fulgurant.
Le travail établi est pointilleux, et le fonctionnement de chaque épisode est magnifié par l'appui de réalisateurs de renom tels que Joe Wright, grand réalisateur anglais qui a notamment réalisé Pride And Prejudice, Atonement, ou encore The Soloist a participé ici,  au  pilote de la saison, "Nosedive". Nous pouvons également compter sur la participation de Owen Harris, connu pour avoir travaillé sur la série british décalée, Misfits. Il a ici, réalisé, le splendide épisode "San Junipero"de cette saison et "Be right back" de la saison 2.

En aucun cas, la série essaie de nous faire parvenir un message négatif. Bien au contraire, malgré le caractère dépressif de certains épisodes et la rudesse des intrigues, BM nous encourage à réfléchir sur ce qui nous rend plus humain, plus sensible, et moins attachés à ces petits objets limités dans le temps et qui remplissent déjà nos vies comme si elles en dépendaient.

Tentons de comprendre la portée de chacun des épisodes de cette saison et en quoi ils en sont si pertinents.

Les Episodes

#1 Nosedive

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Brooker décide de faire démarrer la saison en nous immisçant dans cette "bulle de bonheur" qui n'en est pas vraiment une. La superficialité serait le mot-clef de l'épisode. Il nous introduit à Lacy, une secrétaire de bureau très peu sûre d'elle qui, pour combler ce manque d'assurance, exploite tous ses efforts à se faire aimer des autres. Mais pas de n'importe qui car elle vise l'affection d'une élite particulière, celle qui sera apte à l'aider à grimper les échelons sociaux.

Lorsque l'on annonce à Lacy que pour avoir l'appartement de ses rêves, elle doit "être" un 4.5 (alors qu'elle est une 4.2), elle voit en l'invitation au mariage de son amie d'enfance, Nancy (un 4.8) une véritable opportunité pour faire monter ses notes. Seulement, le moindre faux-pas, la moindre glissade peut littéralement changer son destin et donc ses objectifs.

Avis: L'épisode s'inspire de notre obsession avec les "likes" et sur la notion de bonheur. Faut-il être aimé par tous pour être heureux et faut-il se rendre faux pour être aimé de tous ? Cette satire décalée est mise en scène dans un monde où chaque personne est taguée grâce à des notes numériques qui peuvent changer à la seconde près. Ces notes représentent la personne à part entière et déterminent un degré social spécifique et donc d'une personnalité propre. Bryce Dallas Howard, qui incarne Lacy, nous donne une performance incroyable et oscille parfaitement entre la folle-alliée et la la personne proprement saine. 

#2 Playtest

playtest

Aux premiers abords, ce second épisode apparaît comme l'un des plus fun à regarder... et à expérimenter. Il met en avant Cooper (Wyatt Russel) un globe-trotteur américain en quête de nouveauté et de choses à découvrir. Après ses nombreux voyages, nous nous arrêtons sur lui à Londres, qui semble lui plaire particulièrement, notamment après sa rencontre avec Sonja (Hannah John-Kamen), son petit coup de cœur rencontré sur Tinder.

Lors de ce séjour à Londres, Cooper reçoit une invitation exceptionnelle pour participer à un test de jeu vidéo haut de gamme, perfectionné par la célèbre compagnie, SaitoGemo, créee par le japonais Saito. SaitoGemo est une entreprise spécialisée dans le jeux vidéo d'horreur et le test que Cooper va expérimenter, sera aussi horrifiant que réaliste.

Avis: imaginez qu'à chaque fois que vous jouiez à un jeu vidéo, vous ne jouiez pas en fait.. Vous  le viviez. Comment réagiriez-vous ? Finalement, la frontière qui sépare la portée ludique d'un jeu de sa portée psychologique ne réside que dans la reconnaissance du fait que le jeu n'est pas réel. Mais lorsque cette frontière est brouillée ou inexistante, seriez-vous vraiment prêt à y jouer ?

#3 Shut Up And Dance

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Dans cet épisode, votre cœur battra sans relâche à chaque seconde, espérant que tout ce qui arrive au "pauvre" Kenny ne soit qu'une mauvaise blague. Tout commence lorsque l'adolescent de 19 ans se masturbe devant son pc, comme le font tous les ados de son âge. Après l'affront commis, il reçoit un message anonyme où est écrit "Nous savons ce que tu as fait, nous t'avons vu".

A partir de là, Kenny (Alex Lawther) subit un chantage grandissant afin que ce qu'il a fait ne soit pas dévoilé au monde entier. L'épisode entier est une bombe à retardement à lui tout seul, où chaque seconde compte et chaque faux-pas est puni. Nous nous rendons vite compte qu'il n'est pas le seul en détresse et il doit très rapidement faire une alliance avec un autre "fautif", Hector (Jerome Flynn alias Bronn dans Games Of Thrones), un quarantenaire qui a trompé sa femme.

Avis: L'intérêt de cet épisode, comparé aux autres, c'est qu'il joue moins sur l'impact des technologies et plus sur la psychologie humaine. Il pose la question de jusqu'où nous serions capable d'aller pour défendre un secret malfamé ? Deviendrions-nous de simples marionnettes pouvant être contrôlées sans aucune limite, AUCUNE. L'épisode est brillamment ficelé et nous rappelle que la frontière qui sépare l'innocence du malsain est tellement fragile qu'elle peut parfaitement imploser au moindre coup dur.

Pour la suite des épisodes, on passe sur une autre page, qui vous révèlera notamment les secrets de notre épisode préféré, San Junipero.

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5 comments

  1. Bobby 4 novembre, 2016 at 13:45

    Ne parlons d’analyse ici, elle n’est pas poussive. Parlons plutôt de « questionnement ». Puis après, je me dis que tu ne voulais pas spoil. C’est tout à ton honneur mais c’était sans compter ta description de l’épisode 4 qui spoil (littéralement) la fin et gâche le suspens.
    Il ne faut pas oublier que même si Black Mirror est un parfait cas d’étude, cela reste un divertissement avant tout.

    Je vais m’arrêter là sur cette déception car après on va me sortir que j’suis un « hater ». D’ailleurs, j’ai pas compris l’utilisation de ce terme ou plutôt tu as fait une définition acerbe et personnelle qui était hors-sujet (certainement une réponse à certains tes «  »haters » » »)

    Fin bref, l’article était intéressant, il a amené des piste de réflexions intéressantes mais aussi basiques. Ce n’est pas une critique hein, mais c’est ce que tout spectateur lambda comprend et voit. Avec le terme analyse, je m’attendais à une observation poussée et non des problématiques.

    Merci quand même de ton article !

  2. Inès Baalouche 4 novembre, 2016 at 14:38

    Effectivement, le terme d’analyse était quelque peu ambitieux. Il s’agissait davantage de faire découvrir la série aux nouveaux arrivants en faisant un topo rapide d’un projet recherché.
    Si j’avais réellement voulu creuser une analyse, je pense que j’aurais fait un article par épisode, car ils sont tous bien trop différents.

    Le but n’était pas, pour moi, d’écrire un mémoire pompeux et prétentieux (comme j’ai pu en lire) sur la psychologie humaine contemporaine et le caractère dépressif de notre société actuelle.

    Je ne souhaitais pas spoiler, et malheureusement je me suis laissée emporter pour l’épisode 4, comme vous dites. Quoiqu’il en soit, je ne pense pas que cet écart malencontreux gâche le visionnage de la série.

    Merci pour votre retour qui m’aidera, à l’avenir, en tout cas.

  3. Ed 7 novembre, 2016 at 01:38

    Un vrai régal que de venir ici après chaque épisode, retrouver nos questionnements et problématiques aussi bien rédigées, pour ainsi libérer un peu d’espace dans nos cerveaux chamboulés, afin de mieux philosopher.

    Merci Inès pour cet excellent article traitant de cette série et plus particulièrement cette saison qui est d’une virtuosité inouïe ! Yep, perso j’ai vraiment surkiffé 🙂

  4. Le Veilleur 13 février, 2017 at 21:25

    «  »Son discernement sur l’être humain est sans faille et remarquable car il n’expose pas, à la manière de Minority Report par exemple, seulement une prouesse technologique gratuitement.
    Non, chaque outil, aussi avancé soit-il, sert subtilement la narration et porte un message spécifique à la fin de chaque épisode, laissant constamment le spectateur dans la réflexion de soi et de son rapport à l’Autre. »

    MDR, je crois que quelqu’un ici n’a pas compris Minority Report. Non parce que comparer en défaut le film à Black Mirror, quand même quoi. Black Mirror c’est sympa mais ça ne souffre absolument pas la comparaison avec la puissance réflexive de Minority Report, dont Charlie Brooker s’est probablement inspiré pour écrire son anthologie d’ailleurs, tant on sent l’influence dans beaucoup de récits de l’anthologie jusque dans certains effets de lumière qui convoque directement la lumière de Kaminski.

    Surtout que Minority Report ne se contente pas d’être une prouesse technologique gratuite, mais il inscrit tout son questionnement dans les outils qui servent tout aussi subtilement la narration.

  5. Inès Baalouche 13 février, 2017 at 21:43

    En effet, j’y suis peut être allé un peu fort… D’autant plus que j’ai adoré Minority Report

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