Critique Cheval de guerre de Steven Spielberg

9 janvier 2011, la Cinémathèque Française, un peu avant 16h00.

Le parvis de la rue de Bercy est plein. Nombreux sont ceux qui arborent la tenue d'Indiana Jones et la Baseball Cap typique du réalisateur. Si le passant n'était pas au courant, maintenant il sait : Steven Spielberg est à Paris, invité par Costa Gavras. En même temps qu'une masterclass exceptionnelle, il présente en avant première son dernier film : War Horse, tiré du roman pour enfants de Michael Morpugo.

Le film commence et le ton est donné: nous allons assister à une épopée rurale. Les paysages anglais de l'avant-première guerre se déroulent sous nos yeux et il est impossible alors de ne pas penser aux grands classiques américains signés John Ford, Howard Hawks ou Viktor Flemming.

Après avoir été élevé par Albert qui l'a vu naître, Joey, un demi-sang totalement atypique dans une région (le Devon en Angleterre) qui ne jure que par les chevaux de labour, sera vendu à l'armée anglaise et amené en France. Il servira l'armée anglaise, puis l'armée allemande avant de se retrouver en plein no man's land, lequel moment donnera lieu à une scène extraordinaire où, l'espace de quelques minutes, anglais et allemands vont se réunir autour de l'admiration qu'ils ont en commun pour Joey.

Le brio de Spielberg tient en plusieurs points. Tout d'abord il prend tout son temps pour l'exposition de ses personnages : le fermier fier et brisé, têtu, sa femme et leur enfant, Albert, qui va grandir en même temps que celui qui deviendra son ami, son frère : Joey, vrai personnage principal du film. Nous voyons lentement se planter un décor autour du thème central de l'effort, du dévouement, du travail de la terre … La terre qui sera l'élément-clé tout au long du film.

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Et là on comprend que c'est un mauvais résumé de dire que War Horse est un film de guerre. Elle en a le décor, mais on est loin du Soldat Ryan : l'héroïsme qui sera présenté ici est tout autre, plus vaste. On est bien là dans les traces des grands films classiques tels que Autant en emporte le vent, Lawrence d'Arabie ou L'homme qui voulut être roi.

Le deuxième évidence en regardant War Horse c'est la mise en scène. Spielberg avouera pendant la masterclass qui a suivi le film qu'il n'y avait pas un mais plusieurs storyboards. Il était hors de question pour lui de faire appel à la synthèse pour les images finales, et ce sont donc des pré-animations complexes qui aidèrent à décider quels plans seraient tournés ou pas, sur la base de trois critères : l'esthétique, la narration et l'interdiction absolue de blesser les chevaux.

L'image s'en ressent et respire pleinement dans une maîtrise esthétique que le metteur en scène n'avait peut-être encore jamais égalé auparavant. Cette lumière typique de ses films, qui « détache » toujours un peu le personnage de son décor (signée Janusz Kaminski, avec qui il travaille depuis toujours) atteint là une beauté à couper le souffle sur certains plans, et c'est d'autant plus vrai qu'on l'entend dire après le film qu'aucun fond vert n'a été utilisé et qu'on a privilégié les décors naturels.

Enfin, et ce n'est pas la moindre des qualités de ce film : War Horse fait rêver. Steven Spielberg est le dernier metteur en scène capable de nous faire rêver, comme Charlie Chaplin avant lui. Il réussit à faire de War Horse, un roman pour enfants, un film épique puissant, servi par des acteurs  magistralement dirigés qu'il a laissés libres d'enrichir leur personnage. Jeremy Irvine en pivot, et autour de lui Emily Watson, Peter Mulan, Niels Arestup, la jeune Céline Buckens et tous les autres, même ceux qui apparaissent peu, assurent un jeu qui participe à la merveilleuse intelligence du film.

L’œuvre de Steven Spielberg est tellement vaste qu'aucun de ses fans ne réussirait à dire avec certitude quel est son film préféré. Et tous les fans réunis ne seraient jamais d'accord. Il serait puéril d'essayer. Personnellement, j'aurais aimé une autre fin, mais je ne peux vous en dire plus sans dévoiler quelque chose, alors je me tais. En même temps, Spielberg n'est pas l'auteur de War Horse, et il n'avait donc pas la liberté de la changer. Tout ce que je peux me permettre de dire à propos de War Horse est que c'est un grand Spielberg, car il atteint le sommet d'une maîtrise cinématographique et narrative, et comme toutes les grandes histoires pour enfants, il fait rêver, il fait se réveiller la beauté de l'âme humaine. Et ce n'est pas rien.

Marco Serri, Shot of Life Creative Studio

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7 comments

  1. Dany 10 janvier, 2012 at 19:19

    Merci pour cette magnifique critique(le temps sera encore plus long,la souffrance ne fait que commencer,22 février,mais c’est longgggg,pourquoi tant de haine).Clair que Spielberg A fait que des chef d’œuvre(même si chacun a son préférai,en fonction de l’année ou il a découvert le film maybe),pour ma part avec des œuvre telle que Jurrasic Park,Minority Report,Il Faut Sauver Le Soltat Ryan,ect,autant dire LE dieu de la réalisation.

  2. Richard B. Riddick 11 janvier, 2012 at 03:10

    Votre critique ma donné envi de voir le film, dernièrement, Spielberg, entre le Terminal, Minority Report, Indi 4 ou A.I. ce n’était plus franchement au niveau de Rencontre du 3eme Type, Indi 1/3 ou Schindler. J’espère que ce Cheval de Guerre sera du grand Spielberg, cela me manque.

  3. Mathilias 11 janvier, 2012 at 03:41

    Très bonne critique seulement vous avez omis un détail très important puisque vous n’avez pas parlé de l’aspect musicale de ce film. Rien qu’en écoutant cette merveilleuse fantastique BO il me tarde de voir le film. Oublier de parler de Sir John Williams (Compositeur fétiche de Spielberg) c’est le plus grave de tous les crimes pour le cinéphile averti que vous devez être

  4. Marco 11 janvier, 2012 at 08:06

    en effet la musique est magnifique, et pardon pour l’oubli. je vais de ce pas me fouetter avec des orties fraîchement coupées 🙂

  5. Marco 11 janvier, 2012 at 08:13

    la faute est d’autant plus impardonnable que je suis très proche du monde de la musique. je vais me faire fouetter par bien des proches en fait ! La musique, évidemment, a sa part de majesté. Elle contribue à cette impression de grande épopée des grands espaces à la John Ford.

  6. Enrike 11 janvier, 2012 at 14:26

    Personnellement j’enlèverais Minority Report qui, à mon avis, est un chef d’œuvre absolu de la SF et qui deviens peu à peu un classique du genre, et dans une moindre mesure, A.I. parce que c’est un film souvent incompris. Mais je suis globalement d’accord avec votre commentaire et je suis vraiment impatient de découvrir ce nouveau Spielberg comme on les aime!

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