Critique du film Stoker de Park Chan-Wook

Certainement l’un des plus célèbres réalisateurs coréens, Park Chan-Wook s’essaye à la machine hollywoodienne avec un thriller familial qui a tendance à loucher vers le cinéma Hitchcockien, une bonne dose de glauque en plus.

Synopsis

Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère. Rapidement, la jeune fille se met à soupçonner l’homme d’avoir d’autres motivations que celle de les aider. La méfiance s’installe, mais l’attirance aussi…

Critique

Dix ans après la consécration Old Boy, Park Chan-Wook nous présente aujourd’hui une réalisation d’un film sur lequel il n’est pas scénariste – chose unique à ce jour. Le scénario est effectivement à porter au crédit de Wentworth Miller, ancien héros de la série Prison Break. Sur la base de ce scénario mêlant angoisse, inceste, complexes œdipiens et autres meurtres de sang-froid, Park Chan-Wook a su y apposer ses images, couleurs, et ambiances toutes particulières.

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Stoker est quasiment un huis-clos mettant en jeu trois personnages : India Stoker, jeune fille réservée et mystérieuse venant de perdre son père qu’elle adorait. Sa mère, Evelyn, en pleine détresse affective ne ressent aucun amour pour sa fille. Enfin, le personnage par qui tout arrive, l’Oncle Charlie, mystérieux, ambigu, mais en même temps si attachant. Dans cet univers, on tente de produire – sans grand succès – un film d’épouvante durant la première partie du film. Malheureusement, l’ambiance type « film d’horreur » qui peut marcher sur un Psychose ou un Signes ne prend pas…Ce qui est un peu dommage car on est réellement captivé par des images léchées et de nombreuses superbes idées visuelles.

Par la suite, la seconde partie du film est une vraie réussite…car certainement plus dans l’esprit de ce que sait faire Park Chan-Wook. A partir d’un moment, on quitte le film d’angoisse à huit-clos pour le drame psychologique. On s’amuse à nous balader dans une fresque familiale où la concurrence entre la mère et la fille dans la recherche d’affection paternelle, les complexes d’Electre et la maladie mentale se nouent, se lient dans un ensemble à la foi onirique et érotique. Le personnage d’India, parfaitement campé par Mia Wasikowska est d’une complexité folle, damant le pion à un très bon Matthew Goode, incarnant un sous Norman Bates et une Nicole Kidman toujours impeccable.

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Psychose, Norman Bates… oui, l’ombre d’Alfred Hitchcock plane sur ce film, pas forcément pour son suspense, mais surtout pour sa recherche et son analyse de l’esprit humain et de ses vices. Certaines scènes sont d’une force impressionnante (on pense au piano à quatre mains ou à l’orgasme sous la douche), révélant la face cachée de l’esprit humain, nos parts d’ombre. Et c’est dans ces moments que la patte de Park Chan-Wook se fait réellement sentir. On a parfois envie de détourner le regard, non pas pour la violence de la scène, mais pour laisser les personnages vivre ce moment d’intimité sans que l’on soit des voyeurs. C’est troublant, creuse dans les méandres de l’esprit humain, de sa folie, et l’on voit que tout le monde a finalement une part de folie en lui.

Malgré une première partie pas forcément prenante, Stoker s’illustre dans une seconde partie qui part dans une certaine folie dérangeante et passionnante. Le tout dirigé de main de maître, parfaitement illustré et interprété. Une réussite en somme, un « conte » moderne (pensez un peu aux chaussures de Cendrillon…), dérangeant et troublant.

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