Disclosure Trans lives on a screen: critique

Sorti aujourd’hui sur Netflix en VO, Disclosure: Trans lives on a screen (Identités trans au-delà de l’image) est un documentaire qui mérite d’être regardé avec attention ! Etudiant en profondeur les représentations cinématographiques des personnes transgenres aux Etats-Unis, il s'interroge sur une minorité trop souvent raillée, violentée ou invisibilisée par les médias. Ce documentaire questionne l’impact que peut avoir le cinéma sur l'évolution des mentalités, et donc sur la vie quotidienne de ces personnes, qu'elles soient transgenres ou non. En dressant un panorama chronologique du cinéma hollywoodien, il analyse en détail la façon dont les personnes transgenres, et essentiellement les femmes noires, sont vues et, surtout, ont pâti de l’image que le cinéma leur a imposée.

Pendant très longtemps, la façon dont les personnes trans étaient représentées laissait penser que nous n’étions pas réelles, que nous étions des malades mentaux, que nous n’existions pas. Et pourtant, je suis là. Nous sommes tous là, depuis toujours.

Laverne Cox, Disclosure: Trans lives on a screen, 2020

Trans are beautiful and happy

Remarque importante de Laverne Cox au sein du documentaire, son "Nous sommes tous là, depuis toujours" exprime la violence avec laquelle les personnes transgenres ont été reléguées à des seconds rôles ou à des personnages qui ne créent que le rire ou le dégoût. En effet, si ce documentaire montre que les personnes trans ont d'abord été ridiculisée et reléguée à une existence de "bête de foire" (transformisme etc.), il témoigne aussi de l'évolution notoire que le cinéma a eue à leur sujet. Même si, jusqu'à la fin des années 1990, les transgenres ne méritent une place à l'écran que pour y être violentés ou y mourir, la montée de certaines personnalités, comme Candis Cayne, a permis de leur offrir une parole et des rôles sortant du voyeurisme.

Avec le développement de séries, comme Orange is the new black ou Sense8, où des personnages transgenres sont incarnés par des personnes trans (Laverne Cox et Jamie Clayton), il y a pu avoir un regain d'espoir auprès des acteurs mais aussi des spectateurs face à cette communauté. Ce droit à une visibilité positive a montré qu'être trans n'est pas une tare mais une fierté. Le cinéma hollywoodien a ainsi progressivement opté pour une optique plus respectueuse et bienveillante à l’égard des personnes transgenres, ce qui s'est aussi ressentie au niveau des interviews (les questions sur les parties génitales des personnes trans disparaissent progressivement). Le cinéma montre enfin qu'elles peuvent être heureuses et avoir une place avec du pouvoir en société. N’ayant plus besoin de cacher leur identité, de mourir à l’écran ou de voir leur statut usurpé par des acteurs cisgenre, les transgenres se font une place de choix au sein du monde du cinéma.

Disclosure

Donner la parole aux personnes concernées

De nombreuses scènes de films sont décortiquées par différentes personnalités transgenres (Laverne Cox, Jamie Clayton, Candis Cayne, Chaz Bono etc.) qui, tout en analysant les images hollywoodiennes, transmettent leur histoire. Cette mise à l'honneur des personnes concernées permet de donner une réalité émotionnelle mais aussi raisonnée à ce documentaire. Très instructif, il permet de s’interroger sur notre conception du monde et de comprendre à quel point nous sommes conditionnés par les images normalisées qui nous sont projetées (cinéma, médias etc). Comment une personne transgenre peut-elle s'identifier à des personnages de fiction qui sont bien dans leur corps et dans leur genre ? Comment, plus largement, des personnes appartenant à des minorités peuvent se sentir concernées par des films leur présentant un schéma qui ne leur appartient pas?
De plus, ne s’attardant pas seulement sur la place des personnes transgenres, il pose aussi la question du racisme lattant aux Etats-Unis.

Engagé sans être polémique, ce documentaire sait transmettre une parole sans la rendre discriminatoire pour les personnes non-concernées: il expose des faits et des vécus de façon raisonnée mais sensible. Mosaïque de personnalités et de vécus différents, il sait sublimer les personnes exposées sur un fond blanc, neutre, sans jugement. En bref, après l’échec régressif de 365 jours, il est agréable de voir que Netflix se rattrape avec des programmes qui proposent une optique plus progressiste et respectueuse à l'égard d'autrui. Permettant de réfléchir sur les mentalités et les préconçus sociaux, Disclosure montre que le cinéma a aussi une part de responsabilité dans les discriminations, tant comme acteur d'une représentation que comme miroir d'une société.

La transidentité au cinéma en bref

La question de la transidentité a de nombreuses fois étaient mises à l'honneur ces dernières années dans le cinéma, comme dans d'autres domaines. Tantôt critiquées pour le casting de personnes non-concernées pour incarner des personnes transgenres (Girl, Lukas Dhont, 2018), tantôt remerciées pour la véracité du récit compté (Lola vers la mer, Laurent Micheli, 2019), la transidentité intrigue, s'expose et surtout se fait respecter au centre des différentes sphères de la société. Dans la continuité de cet engagement pour la fin des discriminations autour de la transidentité, Disclosure est une belle façon de rendre hommage aux pionnier(e)s de la cause trans tout en analysant l'évolution des regards sur cette cause.

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