#Gerardmer2017 : Critique de Grave, Grand Prix du Jury

Présenté notamment à Cannes, au festival de Toronto, celui de Sundance et au PIFF, Grave, premier long métrage de sa réalisatrice Julia Ducourneau, était le film le plus attendu cette année à Gerardmer. Film qui mélange les styles et doté d’une intelligence rare dans le genre français, c’est sans surprise et avec une satisfaction générale qu’il est reparti avec le Prix de la Critique et le Grand Prix du Jury.

Synopsis :

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur aînée est également élève. Mais, à peine installées, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

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Critique

Grave a beaucoup fait parler de lui après Toronto, où des gens devant la projection s’étaient évanouis et avaient même dû être évacués en ambulance. Quelle chance pour les médias et les distributeurs d’avoir une campagne de promotion toute servie ! Pourtant, le film est loin d’être ce que l’on pourrait s’imaginer en entendant ça. On est loin d’être dans l’excès d’hémoglobine, l’effrayant et le macabre. En revanche il est très dérangeant et nous mettra mal à l’aise plus d’une fois.

grave1Avant d’en arriver là, on va d’abord être plongé dans la nouvelle vie universitaire de Justine (Garance Marillier), avec internat, bizutage et mauvais prof. On va rire, participer aux scènes de fête parfaitement filmées et ressentir la perte de repères de Justine. Tous les codes du genre sont présents, et rendus avec le meilleur effet – la comédie adolescente n’est pas toujours un succès en France. On en oublierait presque qu’on est dans un film de genre cannibale ! Ce cross-over des genres est réussi avec brio, et est nécessaire pour le propos du film.

Si le film est aussi bon et pas qu’impressionnant techniquement c’est pour son scénario intelligent sur tous les domaines, que ce soit sur l’histoire avec une construction et des twists parfaitement amenés, ou le sous-texte développé. Justine est encore douce et innocente quand elle arrive à l’école vétérinaire. Petit à petit elle va s’ouvrir, se délurer, et s’amuser. Et pour représenter ça, c’est le cannibalisme, vraie drogue et ouverture vers un autre monde qu’elle redoute mais qu’elle envie, dont elle ne va plus pouvoir se passer, allant jusqu’à se mordre elle-même pour ressentir cette sensation.

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Julia Ducourneau aime le genre, mais veut lui apporter quelque chose. Il faut qu’il y ait quelque chose à dire. Ici le cannibalisme n’est pas là que pour choquer et racoler. Les scènes sont d’ailleurs plutôt rares et loin d’être gratuites, et jamais ne vont sombrer dans le gore dénué de sens. Elles sont en réalité très froides et crues – au sens propre comme au figuré. Le cannibalisme n’est là que pour servir le propos d’émancipation et d’addiction que développe le film en sous-texte, et tout le sujet est appuyé par un montage des attractions très explicite et efficace qui apporte beaucoup à l’histoire et aux personnages. La réalisatrice voulait représenter son propos au travers d’un tabou universel et, entre le meurtre qui est trop classique et l’inceste qui est trop cliché, il ne restait que le cannibalisme.

grave4Il va devenir le symbole de la fin de l’innocence et de la faim d’amusement pour Justine qui va finir d’être la petite enfant modèle pour devenir comme sa sœur avant elle et s’émanciper dans sa vie étudiante. Alexia (Ella Rumpf), sa sœur a cependant du mal à accepter sa sœur dans son monde, et va tout le temps être dans une relation amour/haine aussi forte que belle. Le jeu des deux actrices est très naturel et intense, plein d’énergie et de vie. On s’attache à tous les personnages principaux, et Adrien, maghrébin gay, est absolument génial.

De tout le film, il ressort une impression d’étrangeté et de malaise, même lors des moments « normaux ». Pour accentuer ce fait, en plus d’avoir une composition qui accompagne très bien l’ambiance, c’est surtout la photographie qui va être essentielle à cette construction. Lors des ces moments, elle apporte un effet d’étrangeté qu’elle ne va pas représenter lors des scènes de cannibalisme. Il y a ainsi un vrai contraste qui se crée pour accompagner l’écart des genres et leur lien étonnant. La réalisation est vraiment puissante, efficace, et chaque intention fonctionne. Il y a de très bonnes idées, comme la scène de fin et la superposition des visages.

Julia Ducourneau impressionne. Non pas parce que c’est une femme qui fait du genre, comme essaient de nous le vendre certains journalistes, mais parce que son premier film réussit à tous les niveaux : Il est drôle, touchant, dérangeant, et en plus, avec une histoire intelligente. Voir ça dans un film de genre, c’est peu courant. Dans un film de genre français, encore plus rare. Vous devrez attendre le 15 mars prochain pour le voir en salle !

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