The tree of Life : une histoire que seul le cinéma pouvait raconter

"There are two ways through life ; the way of nature, and the way of Grace" Dès les premières minutes nous savons que nous allons avoir affaire à un cheminement intérieur, mais qui touche à la compréhension du monde dans sa totalité.

Il existe un livre de méthodologie du scénario plus célèbre que les autres. Un best seller comme on dit. Ce livre s'appelle Story, de Robert Mc Kee. Pas à pas, Mc Kee décortique la structure narrative d'un bon scénario de cinéma, le découpe en périodes, actionne des leviers, applique des principes, transforme en schémas... En fait , il ne fait qu'actualiser et simplifier la lecture de la bible éternelle des scénaristes : la Poétique d’Aristote.

Avec The tree of life, Terrence Malick prend Story et le jette au feu. Il le brûle dans une explosion qui englobe le monde tout entier. Le résultat : alors que le cinéma nous offre des produits certes bien écrits mais calibrés, épousant tous peu ou prou les mêmes formats, Mallick nous offre enfin un film nouveau, inhabituel, innovant. On compare à juste titre The tree of LIfe au 2001 de Kubrick. Car comme dans 2001, les canons de la narration volent en éclat, on assiste à une expérience esthétique que seul le cinéma rend possible, en même temps qu'à un fort questionnement mystique. Mais The tree of life franchit une étape de plus : il n'y a pas d'intrigue ! Nous connaissons les méchants, les failles, les faits, nous avons toutes les cartes en main dès le départ ! Et on peut se concentrer sur autre chose. En résumé, Malick a osé faire ce que nous rêvons tous de faire. Le script devait ressembler plus à une prose poétique qu'à une continuité dialoguée.

Critique du film the tree of life de Terrence Malick

Malick épure les dialogues pour en extraire l'essentiel : les sentiments, les émotions brutes, les dialogues intérieurs, quasiment en permanence en off. Tandis que McKee nous apprend à bannir le off, à masquer l'intention initiale du dialogue par des couches qui en feront un sous texte, Malick délivre un poème visuel dont la profondeur est montrée, affichée, mise au tout premier plan, et qui du coup transcende et enrichit le jeu des acteurs. Sean Penn est formidable de justesse, en symbiose totale avec son personnage enfant. Le couple Brad Pitt / Jessica Chastain et leurs enfants sont étourdissants d'intensité. Les prises de conscience sont claires, à la fois complexes et limpides, et exprimées avec si peu de mots ! Et c'est là que la magie opère : en bousculant tous les codes scénaristiques en place, Malick ouvre la voie au dialogue intérieur du spectateur lui-même.

C'est alors que le film révèle toute sa puissance, et tout son but, à travers les remords d'un père, à travers cette sensation que tout est lié : ‎"The only way to be happy is to love. Unless you love, your life will flash behind". C'est à mes yeux la phrase la plus importante de tout le film. La révélation. Pour les personnages, pour nous.

the tree of life au cinéma

Quel défi plus grand pour un scénariste que de traduire l'âme en images ? Quel fantasme plus intense que de bousculer tous les codes de la narration depuis la tragédie grecque et proposer une nouvelle forme de récit ? The tree of Life, comme 2001 en 1968, ouvre le champ de l'âme et de l'esprit à un art qui n'a que trop souvent l'habitude d'en rester à l'expression des sensations et des sentiments.

Je suis persuadé pour autant que Terrence Malick n'a pas fait ce film dans le but d'épater, en mettre plein la vue, bien qu'il soit d'une adresse rare et d'une grande beauté. Il nous livre ici un film personnel, intime, convaincu.

Enfin du nouveau ! Enfin du nouveau dans le cinéma !

Marco Serri, réalisateur de clips et courts métrages

1 comment

  1. CN 26 juillet, 2012 at 15:35

    D’accord avec le caractère unique de « The tree of life »; un peu moins avec la « critique » de l’enseignement de McKee. The tree of life n’est pas le cinéma, c’est une oeuvre qui appartient à une toute petite parcelle du cinéma, un genre rarement visité puisqu’il demande de la maestria sinon on tombe dans le film expérimental (au sens péjoratif du terme). Votre interprétation de l’oeuvre de McKee est réductrice et manque peut-être un peu de connaissance… je vous en souhaite. Cela dit, bravo à Malik, mais The tree of life n’est qu’un film réussit; le cinéma, l’art de raconter, de créer des histoires est tout un monde.

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