The Birth Of A Nation de Nate Parker

The Birth Of A Nation de Nate Parker Inès Baalouche

Summary:

2.5

La noblesse d'un sujet accompagnée de la vacuité d'un film

The Birth Of The Nation est le premier film réalisé par le comédien Nate Parker, projet qui a mis 7 ans avant de voir le jour. Le film, portant le même titre que le (très) long-métrage datant de 1915 et réalisé par D.W. Griffith, n’est absolument pas abordé de la même manière cependant.

Alors que le film de Parker raconte l’histoire du point de vue des opprimés (et donc avant la guerre de Sécession), le film de Griffith, à l’inverse, se déroulant pendant la Guerre Civile (1861-1865), relate de faits comme la montée de partis extrémistes du Ku klux klan.

Nate Parker a, de ce fait, délibérément employé le même titre afin de dénoncer la vision raciste de ce premier film, qui mettait les noirs du mauvais « côté » de l’Histoire. Il exprime ainsi son désir d’appuyer le fait que la naissance d’une nation ne doit pas uniquement être associé à un seul « clan » de l’Histoire.

Synopsis

1831, dans l’Etat Sudiste de Virginie aux Etats-Unis. Nat Turner, un esclave d’origine afro-américaine, est un prédicateur cultivé et lettré. Lorsque l’on propose à son propriétaire et ami, Samuel Turner, limité financièrement, d’utiliser les dons de prédication de Nat afin de « dompter » des esclaves indisciplinés du compté, il n’a d’autre choix que d’accepter. Nat devient ainsi le témoin « privilégié » d’une succession d’atrocités commises envers les hommes de couleur qui seront, pour lui, impossible à soutenir davantage. C’est ainsi que commence la conception d’un plan d’organisation visant à libérer les esclaves du joug de leurs maîtres.

Critique

Un peu d’histoire

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Nathaniel Turner (1800-1831) était un esclave afro-américain vivant dans le compté de Southampton en Virginie. Sa notoriété était liée à son érudition et à sa ferveur particulière pour la religion.

Il devint, d’ailleurs, un grand prêcheur et c’est notamment à la suite de cette reconnaissance qu’il put rallier et mener une troupe d’esclaves à la cause de sa révolte. En 1831, date de sa mort, il décide de mener sa première révolte contre les propriétaires d’esclaves de l’Etat de Virginie, avec environ 70 hommes. Bien qu’elle ait provoqué une soixantaine de morts du côté des propriétaires, cette révolte n’a pas vraiment eu l’effet escompté contre l’oppression. Loin de là même puisqu’elle a provoqué des représailles sanglantes, provoquant la mutilation de tous les participants ainsi que la pendaison de Turner le 30 octobre, à Jerusalem (Virginie).

Bien qu’il s’agisse d’une brindille dans l’histoire de la lutte contre l’esclavage, cet épisode n’en est pas moins négligeable car il a permis à d’autres, plus tard, de reprendre la lutte.

Un film controversé

Alors même que le film de Parker sort à l’aube de tensions raciales encore trop présentes dans l’Amérique d’Obama, cette représentation de l’esclavage et de violences contre les Noirs américains est (mal)heureusement écrasée par les accusations de viol auxquelles a fait face Parker lorsqu’il était étudiant.

Autre controverse délicate : C’est que le film reprend, comme dit plus haut, le titre du film de David W.Griffith, qui représente les esclavagistes du Sud comme des victimes, et les encpuchonnés du KKK comme des héros. Le film de 1915 a donc généré de grands questionnements sur la censure (qui n’existait pas à l’époque) et a même déclenché des manifestations de suprématistes blancs et quelques agressions.

Aussi, le film de Nate Parker, bien qu’au sujet plus noble, n’atteint pas la prouesse narrative du film de Griffith et est décrédibilisé par un réalisateur accusé de viol qui semble uniquement focalisé sur une revanche historico-cinématographique.

Un beau sujet ne fait malheureusement pas tout

Les films ségrégationnistes, au cinéma, nous les connaissons. Après le dernier important en date, 12 Years A Slave, qui, au moins, avait eu le mérite de percuter le public par ses indélicatesses et son côté cru, le film de Parker ne semble pas vouloir nous choquer. Il ne semble pas vouloir faire grand chose, d’ailleurs. Si je devais employer un seul mot pour décrire le film, ce serait malheureusement « platitude ».

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C’est vraiment dommage, et je n’apprécie pas particulièrement décrédibiliser le travail d’un réalisateur et de toute une équipe (surtout lorsque le projet met 7 ans à voir le jour), mais le principal échec de ce film réside en partie dans son manque d’objectivité. A trop prendre ce projet à cœur, Nate Parker en oublie l’émotion destinée au spectateur et NON à son auto-proclamation personnelle.

Rappelons-le tout de même, il s’agit de son premier long-métrage et c’est tout à son honneur d’avoir essayé de soutenir la voix des afro-américains et leur parcours. Je pense que le public aime réellement ce type d’histoire: forte, authentique, parce qu’ancrée dans l’Histoire et révélateur des actions humaines et de nos conflits. Seulement, le sujet, aussi riche soit-il, ne suffit pas à rendre le parcours de Nat percutant.

Nous constatons, dès le début du film, qu’il s’agit d’un esclave lettré car il a lu UN livre UN jour qu’il a volé: OK. Donc à partir de cette révélation, nous attendons, nous espérons un destin extraordinaire et hors du commun pour notre petit Nat. C’est à ce moment que la riche propriétaire le remarque et annonce aux parents de Nat qu’il suivra désormais des cours quotidiens chez eux et ne travaillera plus sur les champs de coton (nous nous disons, enfin ! Quelque chose se profile…). Malheureusement à cause de la fuite du père de Nat, ajoutée à cela un homicide volontaire, il n’ y a plus beaucoup d’avenir pour ce dernier. Les cours exceptionnels ont donc été momentanément interrompus par la bêtise du père.

La seule chose qui a résulté de cet épisode (qui m’a semblé avoir duré une semaine dans le film), c’est le chemin déterminant que prendra Nat à l’avenir. Les seuls livres qu’il était autorisé à étudier étaient les livres bibliques ou à caractère religieux. Comment pouvait-on espérer qu’il remplisse des missions innovantes avec cette seule connaissance valable ? C’est la vacuité de la connaissance de Nat qui va, finalement, déprécier sa mission entière, et donc le film.

Des scènes expédiées et, pourtant, un film long

(#SPOIL)

Il y a plusieurs scènes/thématiques de ce type dans le film qui auraient pu figurer dans les mémoires des scènes touchantes/fortes du cinéma mais qui ont, pour la plupart, été survolées. En voici quelques exemples (ATTENTION SPOILERS):

  • L’histoire d’amour entre Nat et Cherry (Aja Naomi King): s’il y a bien une chose que Nate Parker a comprise, c’est qu’il est toujours mieux, lorsque l’on s’attaque à un sujet aussi lointain dans l’Histoire, de le mêler à une touche de sentiments. Le problème de cette histoire d’amour, c’est qu’elle n’a pas du tout été creusée. Tout semble trop facile pour nos deux protagonistes. Nat semble pris d’un coup de foudre évident dès l’apparition de Cherry à l’écran. Et Cherry ne se pose (et donc ne nous pose) même pas la question de savoir si elle l’apprécie vraiment ou pas. On ne sait pas vraiment ce que Cherry trouve à Nat et vice versa. L’attraction, bien que mutuelle, est rendue molle par le manque de substance des personnages. Malheureusement, aucun personnage du film n’a été épargné à ce niveau, mais ils manquent tous crûment, d’une personnalité forte et assurée. D’autant plus, et c’est ce j’ai trouvé dommage, il paraît trop évident de faire tomber amoureux deux esclaves juste parce qu’ils appartiennent à la même « classe sociale ». Le regard de Nat est directement tombé sur Cherry, comme si l’idée de poser son regard sur une blanche, n’était pas concevable. Et en soi, oui, cette idée n’était pas concevable; or cela aurait pourtant été plus intéressant à exploiter comme idée, que cette histoire prévisible et pauvre finalement.
  • La scène de la torture de Nat: des scènes de torture au cinéma, nous en avons vu. Elles sont toujours délicates à montrer et doivent être dosées avec justesse pour ne pas transformer l’insurmontable en image gore gratuite. Pour moi, une scène de torture réussie, par exemple, s’inspirerait du moment où le général Watanabe (Miyavi), du film Invincible d’Angélina Jolie, commande Zamperini (Jack O’Connell) de ne pas hausser son regard. Cette scène était longue, intense, et surtout très calme. Tout passait par les regards et les silences. Lorsque nous voyons des scènes aussi intenses, il est difficile d’être à la hauteur, et malheureusement; la scène de torture de Nat n’échappe pas à la règle. La scène est fade, ne choque pas, n’émoustille pas. Nat reçoit quelques coups de fouets pour avoir désobéi à ses maîtres. Classique. Quelque soit la torture infligée, c’est toujours difficile à voir. Mais, ici, rien. On ouvre grands les yeux et on attend. Parker joue avec le zoom, probablement pour nous noyer dans l’intensité du regard de Nat durant son impuissance. Ce qui semble dommage, c’est que l’intensité visée n’est pas mise en valeur. Le réalisateur n’a pas réussi à la transmettre en tout cas.  maxresdefault
  • L’assassinat du propriétaire de Nat: ce qui m’a le plus surprise lors de cette scène, c’est la rapidité et la facilité dans laquelle elle s’est déroulée. Lorsque, dans un film, arrive le moment culminant de la confrontation, nous nous attendons toujours, au moins, à cette lenteur, à cette tension mise en valeur entre les personnages. Qui plus est, Nat assassine son propriétaire pendant son sommeil, en pleine nuit. Aussi, l’atmosphère nocturne participe grandement à la la tension d’une telle scène. Et pourtant, le coup fut rapide, voire même expédié. Le propriétaire s’est légèrement débattu- comme il est coutume de le faire lorsque l’on se fait attaquer- mais voilà tout.

 

Dans l’ensemble, l’intention de chacune des scènes est tout à fait légitime et noble. Le film est travaillé esthétiquement parlant, les plans maîtrisés et la direction artistique rappelle même parfois celle de 12 Years a slave. Seulement, Parker, à trop vouloir contrer le film de 1915, en fait trop, et pas assez à la fois. Il en fait trop parce qu’il positionne son personnage principal (incarné par lui-même soi dit en passant) dans une trop haute posture pour des valeurs encore trop légères, ou trop éloignées peut-être. Il donne a Nat une aura un peu trop biblique et prestigieuse alors que son public ne semble pas très réactif à ce chant religieux. Les discours religieux sélectionnés correspondent vaguement à la situation des esclaves. Il ne suffisait pas de juste prendre des passages de la Bible et de les faire lire par le personnage pour qu’ils aient plus d’entrain et de signification au moment de leur prononciation.

Les avis divergent énormément sur ce film, et bien qu’il puisse sembler que je ne l’approuve pas du tout par ma critique, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un « mauvais » film.

A vous de vous faire votre avis personnel !

Voici la bande-annonce avant la sortie du film le 11 janvier 2017: 

 

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