Men : explication du film et de la fin

explications Men

Vous venez tout juste de regarder le nouveau film d’Alex Garland, Men, et vous vous posez plein de questions ? Ne vous inquiétez pas, c’est plutôt normal ! Moi-même, lorsque je suis sorti de la salle de cinéma, je ne savais plus trop ou j’étais. L’expérience est intense, et que vous ayez aimé ou non le film, il vous faudra probablement un peu de temps pour le digérer.

Men est un film très mystérieux, pour ne pas dire abstrait, notamment dans sa première partie. Le seconde partie est plus explicite, mais n’en demeure pas moins mystérieuse, avec très peu d’explications sur le pourquoi du comment. Dans ce dossier, nous allons nous plonger dans les multiples interprétations du nouveau film d’Alex Garland, Men, à la fois, drame psychologique, thriller féministe et film d’horreur. ATTENTION, la suite de cette analyse, est comme d’habitude, garantie 100% spoilers. Nous recommandons la lecture de cet article uniquement si vous avez vu le film !

Synopsis

Au lendemain d’une tragédie personnelle, Harper se retire seule dans la belle campagne anglaise, espérant y avoir trouvé un endroit pour guérir. Cependant, quelqu’un ou quelque chose dans les bois environnants semble la traquer. Ce qui commence comme une terreur frémissante devient un cauchemar entièrement formé, habité par ses souvenirs et ses peurs les plus sombres.

tunnel dans le film Men

L’avis des critiques masculines

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens à pousser un petit coup de gueule vis-à-vis des critiques et plus particulièrement des journalistes masculins. Oui, c’est plutôt cohérent avec le sujet du film, et ce n’est pas totalement nouveau puisque je m’étais déjà exprimé sur un sujet similaire en 2018 dans le cadre du Festival de Cannes. Bref, si l’on regarde le classement des critiques presse sur Allociné pour le film Men, on peut constater qu’il y a très peu d’entre deux : soit les journalistes adorent, soit ils detestent. Mais qu’en est-il si l’on creuse un peu ? Parmi les 12 critiques à 4 ou 5 étoiles, 6 sont écrites par des femmes, 6 par des hommes, et une signé “la rédaction” sans plus de détails. Une mixité encourageante, car ce n’était pas toujours le cas il y a quelques années. C’est du côté des critiques à 1 et 2 étoiles que l’on peut commencer à se questionner : Corentin Lê, Théodore Anglio-Longre, Bruno Deruisseau, Xavier Leherpeur, Etienne Sorin, Thomas Colpaert… 6 hommes ! Je n’en connais aucun individuellement et me garderait de tout point de vue sur l’un d’eux. Toutefois, je m’interroge toujours, sans avoir de réponses, sur la capacité de certains à “comprendre l’autre”. Comment se fait-il que tant d’ “Hommes / Men” (critiques ou pas) rejettent les sensibilités différentes : Les filles du soleil en 2018, Les Eternels en 2021, Power of the dog en 2021, Men en 2022 et certainement plein d’autres auxquels je ne pense pas ? Bref, ces lignes ne sont pas là pour apporter une réponse, ni même attaquer qui que ce soit, mais je tenais à partager cette exaspération. On peut maintenant rentrer dans le vif du sujet avec cette analyse / interprétation du film.

Analyse du film et de ses thèmes

Les thèmes principaux du film ressortent assez facilement : deuil, misogynie, masculinité toxique, Harcèlement… Le tout est accompagné de symboles païens et autres allusions littéraires plus ou moins déchiffrables selon nos connaissances. Le film est truffé de références à tout, d’Ulysse à la Bible en passant par Yeats, l’Homme vert (promis on en raprle plus bas ou encore Shakespeare.

Tout cela exige d’être interrogé, même si l’on ne peut jamais donner de réponse claire et nette à tout. Il y a clairement une grande part d’interprétation et chaque spectateur, à partir des éléments donnés se fera sa propre interprétation en fonction de sa sensibilité, son ressenti du moment, les éventuels débats post-visionnage…

scene de l'eglise

Pourquoi tous les hommes se ressemblent

L’une des première surprises (je n’avais vu aucune bande annonce) a été de découvrir le visage de l’acteur Rory Kinnear sur le visage de tous les personnages masculins (à l’exception du mari de Harper).

Il joue le rôle du premier homme que Harper rencontre pendant ses vacances à la campagne, l’amical mais indélicat gardien Geoffrey. Déjà, il la réprimande pour avoir mangé une pomme du jardin, comme Eve d’autrefois, et aborde des sujets intimes.

Rory Kinnear incarne également le vicaine, le flic, l’homme nu, l’enfant, le barman… tous les hommes du village qu’Harper va croiser dans le film. Et tous, quasiment, vont avoir un comportement inapproprié avec elle. La lecture primaire que le film invite à faire est que tous les hommes sont les mêmes, en tout cas du point de vue d’Harper : des êtres grotesques, vulgaires, irrespectueux. Mais ce n’est pas si simple !

L’auteur / réalisateur Alex Garland lui-même botte en touche sur le sujet lors de propos tenus en interview : “Une question pourrait être de savoir si Harper voit tous les hommes de la même façon ? Parce que ni Harper ni le film ne font de remarque à ce sujet, jamais. Seul le spectateur est amené à le faire. Harper voit-elle tous les hommes de la même façon alors qu’ils sont en fait différents, ou bien tous les hommes sont-ils les mêmes et ne le voit-elle pas ? Ce sont deux questions qui se ressemblent beaucoup mais dont les conclusions sont complètement différentes.”

Peu importe que tous les hommes soient identiques ou non, ils sont tous soutenus par les autres, par un système qui leur permet d’exercer différents comportements inappropriés (voir pire) sur Harper. Et ils ont tous la capacité de la tenir pour “responsable” de leurs propres péchés.

L’homme vert

Comment expliquer ce symbole / personnage repris à outrance tout au long du film ? L’Homme vert est une métaphore, il représente la renaissance : c’est un symbole pré-chrétien adopté par les païens comme une manifestation feuillue de la fertilité saisonnière et de l’arrivée du printemps. Le réalisateur transforme cette figure habituellement bienveillante en quelque chose de plus sinistre et prédateur. L’Homme vert est accompagné de Sheela-na-gig, un autre symbole à l’origine incertaine, souvent gravé comme décoration sur les murs de pierre des églises anglaises. Dans Men, elle apparaît pour la première fois en face de l’Homme vert sur des structures à l’intérieur de l’église. Il s’agit d’une femme représentée en train d’ouvrir sa vulve. Elles s’attardent ensuite dans l’esprit de Harper (ou du spectateur) jusqu’à ce que la présence malveillante de Kinnear se transmue en l’Homme vert : une créature divinisée, intouchable, inattaquable.

Une théorie populaire provient de Lady Raglan, qui a inventé le terme “Homme vert” dans un article qu’elle a écrit en 1939 sur le personnage et le folklore britannique. Elle affirmait que “le paganisme non officiel subsistait parallèlement à la religion officielle, ce qui explique la présence de l’Homme vert dans un vitrail d’église, avec la Vierge à ses côtés et au-dessous de lui dans le soleil”. On peut considérer l’Homme Vert de Men comme une relique d’un monde antérieur qui a contribué à façonner notre monde moderne.

“Je savais que je voulais qu’il y ait des représentations anciennes, mais aussi des représentations actuelles. Ainsi, on n’a pas l’impression qu’il s’agit de parler d’un moment particulier dans le temps ; cela remonte à bien plus loin que cela.” Les problématiques actuelles sur les rapports Homme / Femme et la domination de l’homme remontent ainsi à bien plus longtemps, avant même l’écriture.

Explication de la fin

Dans la séquence finale du film, Harper, dont la tentative d’évasion de la propriété s’est soldée par un échec, se retrouve menacée par les différentes figures qui l’ont harcelée tout au long du film, chacune donnant naissance à l’autre dans une séquence particulièrement malaisante, répétitive à l’excès, mais c’est bel et bien l’intention.

fin du film Men

Le point culminant de la séquence est lorsque la dernière naissance laisse apparaitre son mari décédé, James. Celui-ci s’est révélé à la fois pathétique et manipulateur, menaçant de se tuer si elle le quitte. Le vicaire a rejeté la faute sur Harper. Comme Eve “responsable” du fait qu’Adam ait mangé une pomme de l’arbre de la connaissance. La misogynie condamne s’attaque aux comportements des femmes, qu’elles qu’ils soient, mais va jusqu’à innocenter les hommes de toutes les faiblesses. Il y aurait toujours une femme, derrière, responsable de la situation…

Une interprétation est que la demande de James pour l’amour inconditionnel et le pardon de Harper – sans assumer la responsabilité de son propre comportement – est de nature infantile. Plutôt que de traiter son partenaire comme un égal, James n’est guidé que par ses propres besoins, un peu comme la relation d’un bébé avec sa mère. Cette dynamique est représentée visuellement par les “hommes” qui donnent naissance à eux-mêmes, encore et encore. Leurs cris angoissés semblent correspondre à la façon dont un bébé réclame sa mère.

“Le grand moment final du monstre comporte beaucoup de pathétique. Si un type est violent, il peut avoir un mélange bizarre de quelque chose d’intimidant et de pathétique. Mais il peut aussi y avoir quelque chose de touchant et d’honnête dans ce moment. Une grande partie de l’imagerie à laquelle les gens réagissent dans cette séquence devrait en fait être très peu effrayante”, explique Garland. “Il n’y a pas une seule personne sur la planète qui ne soit pas arrivée par accouchement vaginal ou par césarienne. Mais une partie de ce qui effraie les gens [dans cette séquence] a trait à cette imagerie absolument fondamentale et basique, et non à une scène bizarre dans un film d’horreur. Et ça, c’est bizarre”.

Garland a souligné comment “à la fin du film, ce qui est théoriquement le monstre est le plus désemparé, le plus pathétique et le plus désespéré”. Que l’on aime ou non la manière dont les choses ses déroulent, l’expérience est saisissante, la métaphorique de la masculinité bien réelle, même si la subtilité de la première partie du film s’est évaporée. “Dans ce film particulier, je voulais surtout prendre du recul, parce qu’il y a un élément où la nature de la façon dont il est interprété par différentes personnes est ce qu’est le film.”

Dans la scène finale du film, le lendemain, on voit Harper assise seule sur des marches, dans le jardin, alors que son amie Riley, qui s’avère être enceinte, arrive pour s’assurer qu’elle va bien. Une fin sans dialogue, sans explication superflue. C’est à chaque spectateur de se faire sa propre interprétation en fonction de ses propres expériences, son ressenti, sa sensibilité. Le film soutient-il vraiment que tous les hommes sont capables de comportements monstrueux envers les femmes ? Rien n’est moins sûr.

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2 commentaires
  1. Je suis un homme et ai été chamboulé par ce film. J’ai ressenti tout le pathétique de ma situation d’homme vis à vis des femmes. Je n’ai jamais été violent et ne suis pas néo-féministe, loin de là, mais il faut être honnête : ce film illustre avec précision le monstre qui se cache en chacun d’entre nous.
    Je ne saurai dire ce qu’il évoquera chez la femme, mais j’ai vécu le film comme une intrusion de mon jardin secret avec beaucoup de honte. Film d’une grande puissance, merci pour cet analyse.

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