PIFFF 2021 – The Power de Corinna Faith

THEPOWER

Le PIFFF (Paris International Film Fantastic Festival) accueille son public enthousiaste au Max Linder Panorama dans une ambiance sympathique pour une semaine de programmation non-stop avec des films inédits qui ne sortiront pas forcément en salles. Hier soir était l’avant-première de The Power , avant sa sortie prévue en février. La réalisatrice, qui n’a pas pu se déplacer en raison des contraintes sanitaires, avait pris soin de joindre une petite vidéo de présentation.  

En 1973-1974, des grèves de mineurs paralysent l’Angleterre et le gouvernement décide d’effectuer des coupures d’électricité pendant la nuit pour économiser l’énergie. Un vieil hôpital londonien de l’East End continue de fonctionner avec des générateurs, y compris dans la section des soins intensifs où les malades, plutôt délaissés, sont en réanimation. Avec cet ancrage social et politique, la réalisatrice ne cherche pas, heureusement, à faire une reconstitution minutieuse. Simplement, la lanterne remplace le smartphone pour éclairer les sombres recoins de ce dédale où l’on devine, peu à peu, que les fantômes du passé continuent de hanter les salles et les couloirs abandonnés. 

Valérie, une jeune infirmière naïve et idéaliste, se retrouve de garde la nuit pendant cette forme de black-out où la guerre est faite à la classe ouvrière. Ses relations avec la surveillante et le personnel de l’établissement sont tendues, sans compter qu’elle retrouve une ancienne camarade, Barbara, qui a été le témoin d’un épisode de son passé : elle a accusé d’attouchement un enseignant de son orphelinat avant de se rétracter devant la police. Mais n’aurait-elle pas subi alors des pressions comme elle en est encore victime en tant qu’infirmière ?

Pendant toute la première partie, Valérie erre dans les sous-sols, accordant de l’attention à des détails en apparence sans importance ; une bouche d’aération, des traces de suie, des dessins d’enfant. Le spectateur est intrigué et vaguement inquiet ; ensuite, une présence surnaturelle se manifeste violemment et The Power devient un film de possession classique, avec crises épileptiques, lévitation et vengeance d’outre-tombe. Rien d’original donc mais c’est le rôle de la petite indienne, Saba, qui donne un écho réaliste à des événements douteux ; en effet, l’enfant cherche à fuir l’hôpital sans qu’on sache pourquoi. Mais elle a ses raisons et nous découvrirons qu’elle était bien en danger comme la jeune Gail l’a été avant elle. La peur, qui n’est pas seulement celle des fantômes, rode dans l’hôpital.

Corinna Faith ne peut se défendre d’avoir voulu tenir un discours féministe sur le pouvoir masculin dominant au sein d’un établissement fortement hiérarchisé : depuis le directeur corrompu jusqu’au gardien lubrique en passant par le médecin prédateur, tous les hommes abusent de leur position. Les femmes peuvent éventuellement devenir complices en gardant le silence, en déformant les faits (certaines infirmières) ou en se raccrochant à une position durement acquise pour une noire comme celle de surveillante générale, alors même que ce poste sera bientôt supprimé. Les enfant pauvres et malades sont les sacrifiés du système. Pour autant, le scénario reste celui d’un film de genre, bien maîtrisé, évitant les effets grand-guignolesques des innombrables imitations de L’Exorciste comme il en pleuvait, justement, pendant ces années 1970 qui furent fertiles en cinéma fantastique.

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