Cannes 2018 : Critique et Explication de Burning

Burning est un film de grande qualité mais avec une fin plus ambiguë qu’il n’y parait.

Présenté en sélection officielle pour le 71ème festival de Cannes, Burning apparait comme l’une des très grandes réussites de cette année. Dans la pure veine des meilleurs films coréens – Memorie of Murder par exemple – le film de Lee Chang Dong est une vraie réussite en termes d’écriture et de réalisation. Avec une fin assez ouverte, il nous apporte force et doute d’une manière qu’il convient d’expliquer. Si le début de notre article ne présente qu’une critique sans spoiler, la suite en est en revanche remplie.

Durée : 02h28
Date de sortie : 29 août 2018

Synopsis

Lors d'une livraison, Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un garçon mystérieux qu’elle a rencontré là-bas.
Un jour, Ben leur révèle un bien étrange passe-temps…

Critique

Le début de Burning est à la hauteur de ses personnages : assez lent, sans réel avancement et avec un flegme bien présent. On ne s’ennuie pas, mais on sent malgré tout le temps passer. Pour autant, le tout est tenu avec une réalisation excellente qui nous fait rentrer au plus près de l’intimité de nos deux héros. Ces derniers sont des personnages plus complexes qu’il n’y parait – surtout Haemi, dont les intentions sont longtemps assez troubles et nous emplissent de doutes – et qui nous laissent souvent en pleine réflexion.

Surtout, ils sont interprétés avec un brio et une intensité de chaque instant, jusqu’à la dernière scène qui nous glacera le sang. Jamais on ne retrouve dans le film de moments faux, et il apparait évident a postériori que les moments moins forts n’en sont que meilleurs tant ils sont emplis de nuances et de justesse.

Cette nuance se retrouve beaucoup dans le scénario, très intelligent. Si au début – et, soyons honnête, pendant une bonne heure – on ne voit pas forcément où le film veut nous mener, la suite est une leçon d’écriture. Sans que rien ne soit dit de façon explicite, on se met à douter de l’un, puis de l’autre, prendre un indice ici puis un autre là. On finit avec des préjugés, une histoire construite presque de toutes pièces, sans que pour autant rien ne soit jamais confirmé. C’est là la grande force de ce film : le doute, constant et permanent, qui à force se transforme en une certitude comme c’est le cas pour Jongsu. Le sentiment d’identification, de rapprochement, se fait sans que l’on ne s’en rende compte.

Ce sentiment est aussi en grande partie construit par une réalisation qui donne l’impression de ne pas « mentir ». Très immersive, elle est maitrisée de toute part. Les plans séquences et les passages en caméra à l’épaule nous font sentir proche et en connexion avec l’histoire et la vie des personnages dont très vite nous nous rapprochons. Tourner en lumière naturelle offre également un aspect réaliste fort et des plans magnifiques – quand Ben et Jongsu discutent chez ce dernier, on a droit à un plan sublime par exemple.

Identification, doute et force tranquille. Voilà sans doute les trois adjectifs qui vont correspondre le mieux à Burning. Si le film se consume lentement, il finit tel un brasier pour ne laisser que des cendres en nous. Un vrai tour de force, comblé par une fin maitrisée. Mais que dit réellement cette fin justement ?

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4 comments

  1. Frt 1 septembre, 2018 at 00:54

    Est-ce que la disparition de Haemi n’est pas un lien avec les problématiques de trafic d’organes en Corée du Sud dont fait référence la mère de Jongsu ? Et qui pourrait expliquer également la richesse de Ben…

  2. Loopkin 12 septembre, 2018 at 15:18

    Pas bête ! Par contre je n’ai pas compris l’histoire du puits et de la voisine qui n’a jamais vu de chat : certains ont dit qu’il s’agissait d’éléments pour nous faire croire à l’inexistence de Haemi, mais je ne vois ni l’intérêt ni la cohérence de cette théorie (interactions avec d’autres, son nom est connu de plusieurs personnages). SI quelqu’un a une idée là-dessus 🙂

  3. Benj 17 septembre, 2018 at 09:03

    Beau film, même si quelques longueurs.
    Le réalisateur arrive a créer un climat de doute permanent avec presque rien et c’est très bien joué.

    Pour ma part, je pense qu’on est, à partir de la disparition de Haemi, à l’intérieur du roman qu’écrit le héros.
    Ben devient SON personnage, celui que notre héros envie, c’est son soi à atteindre.
    Il y a l’allusion à Faulkner  » ces romans parlent de moi » et surtout le plan final avec le contre-champ
    de la fenêtre et de « l’écrivain » et on bascule après sur Ben seul, qui n’était jusqu’alors pas le perso omniscient du film.Jong-soo est ainsi devenu Ben au dernier plan, il s’est libéré en tuant en quelque sorte son idéal.

  4. Majin-majicarpe 17 septembre, 2018 at 20:26

    LOOPKIN en ce qui concerne le puits sa mère lui confirme qu’il a bel et bien existé, c’était histoire de nous confirmer qu’Haemi n’était pas une menteuse. Après pour le chat c’est plus complexe car il a laissé des crottes lol… Mais l’histoire du trafique d’organe ça peut le faire,sachant qu’elle était très endettée !

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