Vivarium : explication et analyse du film

Le coucou et le perroquet

Le garçonnet à la croissance rapide (car les parents ne vieillissent pas) développe un comportement pour le moins saugrenu et inquiétant. Il hurle pour réclamer la nourriture en ouvrant grande la bouche comme l'oisillon ouvre le bec. Il paraît n'avoir aucun caractère individuel, aucune identité qui serait le résultat d'un héritage biologique. Il ne rêve pas. Il parle mais c'est uniquement pour répéter des phrases déjà entendues et mémorisées. Il prend des poses qui ne sont jamais spontanées mais celles de ses parents adoptifs ; il s'exprime même avec leurs voix car il ne fait qu'imiter. Ce comportement parasitique extrême ne va pas jusqu'au mimétisme parfait car alors l'homme pourrait être remplacé ou régénéré. C'est le thème des deux magnifiques films de Kiyoshi Kurosawa,  Avant que nous disparaissions (2017) et Invasion (2017). Mais ici la famille stérile, à jeter après usage, reste indispensable comme esclave domestique pour nourrir et élever les petits monstres sans héritage, sans racine. Ces créatures grotesques, véritables oiseaux de proie d'apparence humaine, ne peuvent que reproduire sans comprendre, maladroitement et avidement, les gestes et les paroles des hommes. Pourtant, ils ont une mission qui leur est révélée par des figures mouvantes sur l'écran plat du salon ou des signes et des dessins dans un ouvrage cabalistique. Et ils sont libres d'aller et venir dans la zone en empruntant des passages dérobés et ramenant des objets (livre, carton).

Satire féroce, horreur & science-fiction

Brillant, intelligent, glaçant, perturbant, Vivarium plonge le spectateur éberlué dans un épisode hyper-cérébral de Twilight Zone, avec suffisamment d'indices pour décrypter le sens général et sa dose indispensable de mystères irrésolus. L'idée est géniale, pas seulement le scénario mais le concept - car c'est un film très abstrait - et la réalisation audacieuse se maintient à la hauteur de l'idée. Sur le plan visuel, le recours au numérique, partie prenante du récit, est pleinement justifié au-delà des effets spéciaux. Le redoublement de l'espace par des tableaux représentant la maison dans la maison ou la chambre à coucher dans la chambre à coucher est à rapprocher de la forme des nuages qui ressemblent seulement... à des nuages et jamais à autre chose. Ce monde est une prison ultime et un enfer car aucun objet, tous des contrefaçons, ne fait signe vers une autre réalité plus substantielle. L'absence de symbolisme est la marque négative de l'enfermement et de l'imposture. Mais n'est-ce pas le lot des temps modernes ? Et n'avons-nous pas aujourd'hui, dans les écoles puis dans les médias, des jeunes perroquets qui retiennent bien les leçons et des bêtes de proie qui ressemblent aux vilains oiseaux du film ? Satire féroce, science-fiction, horreur métaphysique, la réussite fait peur quand elle place la barre à ce niveau d'excellence. Présenté à Cannes, ce n'est pas le film de la Quinzaine qui sortira (ou non) en salles mais l'un des meilleurs de la décennie.

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3 comments

  1. sylvain wojak 5 avril, 2020 at 05:31

    l’enfer , ce film montre l’enfer …
    véritable film d’horreur pour l’âme le meilleur
    Terrible ….
    Votre analyse est Fantastique , merci

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