#Cannes2016 Critique de "Elle" de Paul Verhoeven

Plus de 20 ans après avoir présenté en ouverture du Festival de Cannes son sulfureux "Basic Instinct", Paul Verhoeven revient sur la croisette avec un casting 100% français pour "Elle" en compétition, avec Isabelle Huppert en fer de lance.

Synopsis

Michèle (Isabelle Huppert) fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s'installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Critique

© SBS Distribution

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"Elle" est l'adaptation du roman "Oh..." de Philippe Djian. Ce livre est une excellente base scénaristique pour Paul Verhoeven qui va faire une adaptation brillante de ce livre subversif. La force du cinéaste est de savoir osciller  entre plusieurs genres. Il commence par un thriller policier, Michèle recherchant son agresseur. Puis, très vite on connait l'identité du violeur. L'oeuvre alors se tourne vers un récit passionnel et machiavélique sur le thème de la passion et du désir.  On retrouve toutes les clés d'un nouveau "Basic Instinct". La scène d'ouverture, filmant le viol de Michèle, est tout aussi marquante que celle du pic à glace.

Isabelle Huppert, une nouvelle Sharon Stone ? On y croit à fond ! Plus moderne et plus transgressive, elle incarne une femme au tempérament éminent complexe. Certains pourront dire qu'elle est scandaleuse en n'étant pas affecté par son viol. Alors que nous, on adore cette audace, montrant qu'il n'y a pas qu'une seule manière de réagir face à un tel drame. Très machiavélique, le personnage de Michèle est également sarcastique et drôle. Isabelle Huppert se taille ainsi un rôle qui honore sa riche carrière. Cette inconditionnelle de Cannes sort ici de sa zone de confort et rentre sans difficulté dans la perversité de Paul Verhoeven.

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La musique n'est pas sans rappeler celle de "Basic Instinct". D'une mélodie calme, l'instrumentation sait donner des cordes lorsqu'il s'agit de faire monter la pression.

Plus étonnant, on note la présence au casting de Laurent Lafitte et Virginie Efira. On ne voyait pas bien comment les deux acteurs pouvaient s'insérer dans une telle histoire. Ils jouent un couple d'amoureux, voisins de Michèle. Il faut bien dire que leurs prestations sont très convaincantes. Surtout celle du sociétaire de l'académie française qui va, pour la première fois de sa carrière, incarner un rôle éminemment pervers.

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Dans "Elle", chacun cache ses blessures et ses ambiguïtés. Pour autant, le réalisateur choisit de ne jamais tomber dans les longues scènes explicatives. Il laisse place aux doutes et aux non-dits. Le cinéaste s'amuse également à jouer avec les nerfs en utilisant la technique du flashback pour faire revivre la scène de viol à plusieurs reprises dans son intrigue. Cependant, en y laissant quelques indices, elle n'est jamais identique, changeant de point de vue, d'angles de caméra ou même parfois se laissant aller aux fantasmes des personnages qui se remémorent ce moment terrible.

Paul Verhoeven déclare se sentir français suite au tournage de "Elle". On souhaite qu'il revienne plus souvent sur nos terres pour présenter des films dans la même veine que ce coup de coeur cannois.

Antoine Corte

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