Critique Exodus Gods and Kings de Ridley Scott

Après les déceptions Prometheus et surtout Cartel, Ridley Scott est de retour à un genre qui lui réussit bien, le Peplum, avec Exodus Gods and Kings. Après Gladiator, Kingdom Of Heaven et Robin des bois, cette nouvelle adaptation cinématographique de l'histoire de Moïse, avec Christian Bale dans le rôle principal, est-elle une réussite ?

Synopsis

L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire. Une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 400 000 esclaves dans un extraordinaire périple pour fuir l’Égypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.

Critique du film

Ridley Scott a prouvé, en près de 40 ans de carrière, qu'il était un réalisateur de talent mais inégal. Ainsi, à coté des films devenus cultes comme Alien, Blade Runner, Thelma et Louise et Gladiator, on retrouve des Traquée, A armes égales ou encore Une bonne année. Ces inégalités ne se retrouvent pas que dans sa filmographie dans sa globalité, mais aussi bien souvent au sein de ses films eux-même. Ainsi, Depuis Gladiator, Ridley Scott a signé des films plutôt respectables comme Kingdom Of Heaven, American Gangster ou Prometheus, mais aucun de ces films ne peut prétendre au statut de grand film. Exodus Gods and Kings n'échappe pas à la règle, et malgré quelques très bons points, pêche par d'autres aspects.

L'un des plus gros challenges de Ridley Scott, avec cette adaptation, est passer après le mythique Les 10 commandements de Cecil B. DeMille. Cette précédente adaptation de l'histoire de Moïse est un classique et forcément, l'envie de comparer les deux films est facile. Mais Ridley Scott évite intelligemment de trop ressembler à son prédécesseur, et sans se permettre de grosses libertés, ose certains raccourcis. Par exemple, le film ne commence par par le récit de Moïse dans son berceau, ni par l'enfance de celui-ci, aux-cotés de son "frère" Ramsès. Le film commence lorsque les deux personnages centraux de l'histoire sont déjà des hommes. C'est d'autant plus audacieux que la relation entre les deux frères occupe une place centrale dans le film. Mais le réalisateur préfère raconter ce passé à travers de brefs dialogues, et à plusieurs reprises au court du film on sent qu'il veut aller à l'essentiel, ne pas s'attarder à certains aspects secondaire du récit, pour le meilleur et pour le pire. Sans en dévoiler plus, le final lui aussi diffère de la version de Cecil B. Demille, sans pour autant totalement convaincre, laissant un peu le spectateur sur sa faim.

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Comme évoqué précédemment, on sent également une véritable volonté chez Ridley Scott de s'attarder sur la relation entre les deux frères ennemis. Entre haine, amour ,respect, confiance, jalousie, rivalité... ces deux là ne savent pas vraiment sur quel pied danser, et si Ramsès commet plus d'une fois des actes répréhensibles, il n'est pas le seul à commettre des actes discutables. Ramsès est faible et sombre progressivement dans la folie, aveuglé par la peur et le pouvoir, mais il est aussi plein d'amour, pour son frère, mais aussi et surtout pour sa femme et son fils. Joel Edgerton, l'un des acteurs les plus sous-estimés du moment, livre un prestation plutôt convaincante de ce personnage qui n'a pas ce qu'il faut pour être un leader et qui se retrouvera détruit par ce rôle qui lui était destiné.

Moïse, de son coté, a une morale parfois discutable, et plus d'une fois, semble moins humain que son frère, rancunier, particulièrement impulsif, et plus d'une fois, lui aussi au bord de la folie. Christian Bale, s'il ne livre pas sa meilleure performance, est lui aussi très bon dans ce rôle ambigu, nous offrant un personnage introverti, la plupart du temps très posé, limite inexpressif, qui est pourtant capable de véritables moments d'explosion. Si Moïse et Ramsès ne sont pas manichéens, avec un gentil et un méchant, c'est aussi parce que la religion n'est pas forcément présentée sous son meilleur jour. Là ou l'on pouvait s'attendre à une œuvre qui loue le parcours de Moïse et l’œuvre de Dieu, ce n'est pas forcément le cas. Dieu, représenté par une enfant de 11 ans, est victime des mêmes défauts que Moïse et Ramsès, il est rancunier, colérique et parfois même capricieux, mais il semble encore plus inconstant que les deux humains. Selon la genèse, Dieu créa l'homme à son image, et Ridley Scott fait donc le choix de présenter un dieu aussi faible que les humains, capables des pires atrocités dans le seul but d'accomplir son dessein. Moïse et Ramsès sont au final une métaphore de l'humanité, des frères victimes de leurs faiblesses et de la religion qui les divise plutôt que de les rassembler.

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D'un point de vue formel, le film est, comme toujours avec Ridley Scott, visuellement maitrisé et spectaculaire. Les CGI ne sont pas trop envahissantes et les paysages parfaitement mis en valeur. L'un des meilleurs passages du film concerne les dix plaies d’Égypte. Elles sont abordées assez rapidement mais avec intelligence. Dans un premier temps, elles sont présentées sous un angle plutôt réalistes, comme si ce n'était pas forcément l’œuvre de dieu, à travers des séquences particulièrement violentes. Lorsque vient le temps des ténèbres et ses conséquences funestes, l’œuvre de Dieu ne fait plus aucun doute, mais celle-ci est terrifiante et non bienveillante; et Il n'y a aucun temps mort, ni le sentiment que les choses vont trop vite.

La traversée de la mer a le mérite de ne pas être trop similaire à celle de la version de Cecil B. Demille, mais elles est aussi, hélas, l'un des moins réussie du film. Alors que la tension aurait du être à son maximum, Ridley Scott privilégie le grand spectacle et saborde en quelque sorte tout ce qu'il a préparé en amont. On a le sentiment qu'il ne va pas totalement au bout de ses idées. On aimerait que la relation entre les deux frères soit un peu plus travaillée, que ce soit dans ce final ou dans le reste du film. Même si la métaphore de ces deux frère symboles de l'humanité est intéressante, elle est trop masquée, pour ne pas déplaire au public conservateur américain. Le film donne alors l'impression d'être plus conventionnel qu'il ne l'est. Il est notamment victime de la comparaison avec Noé de Darren Aronofsky. Celui-ci était beaucoup plus explicite dans sa volonté de se démarquer de la religion, ou dans sa présentation des faiblesses de l'homme. Visuellement, il était également plus inspiré, avec des plans à couper le souffle, comme on en avait vu nulle part ailleurs. Exodus est très beau, mais sa mise en scène et ses images n'ont rien d'unique.

L'un des gros points noirs du film de Ridley Scott est sans aucun doute ses personnages secondaires. Josué (incarné par Aaron Paul, le Jesse de Breaking Bad) ne sert à rien si ce n'est à regarder intensément Moïse. Quand à Sigourney Weaver, qui incarne la mère de Ramsès, elle n'a pas plus de 5 lignes de texte dans tout le film ! Ridley Scott a signé un film de seulement 2h24, ce qui lui permet d'éviter les longueurs, mais en contrepartie, on a le sentiment que certains aspects auraient mérité qu'on s'y attarde un peu plus.

Ridley Scott a dédicacé Exodus à son frère Tony, qui s'est suicidé en 2012. On se doute que sa relation avec son frère est, d'une manière ou d'une autre, transposée dans cette histoire de deux frères déchirés par le destin. Mais Exodus Gods and Kings est avant tout une vision noire de la religion, ce qui est un sacré tour de force pour l'adaptation d'un récit majeur des religions qui parsème notre monde. S'il y a fort à parier que le film soit victime de critiques plutôt négatives pour ses quelques défauts et son apparente simplicité, j'espère vraiment que les spectateurs arriveront à voir plus loin que les grandes lignes et apprécieront à sa juste valeur le risque pris par Ridley Scott, qui signe peut être là son film le plus ambitieux depuis pas mal d'années.

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