#Deauville2014 : Critique du film Camp X-Ray de Peter Sattler

Une des forces du cinéma américain est de savoir pointer les faiblesses de son propre pays, et de les présenter, voire de les exorciser au moyen d'une caméra. On peut citer par exemple les plus célèbres que furent Full Metal Jacket et Apocalypse Now qui ont su mettre en scène la guerre du Viêt-Nam avec un brio jamais vu auparavant. Camp X-Ray s'attaque à une autre faiblesse actuelle de l'Amérique, sa lutte aveugle contre le terrorisme, et en particulier, la prison de Guantanamo Bay...

Synopsis

Une jeune femme s'engage dans l'armée afin de rompre avec ses racines rurales et s'ouvrir à de nouveaux horizons. Mais, à son corps défendant, elle se retrouve à Guantanamo Bay pour y surveiller les prisonniers djihadistes, et partager son quotidien avec d'autres soldats de son équipe tout aussi agressifs. Elle va alors entamer une relation particulière avec l'un des détenus…

Critique

camp_x-ray-afficheCamp X-Ray est un film qui vous parle de guerre. Pas de la guerre ouverte avec des obus et des F-16. Non, la guerre de Camp X-Ray, c'est la guerre contre le terrorisme, l'Axe du Mal que stigmatisait Georges W.Bush. Dans cette zone de guerre qu'est Guantanamo Bay (c'est ainsi qu'on nous la présente dès les premières minutes du film), il n'y a pas de vrai combat, la lutte quotidienne est d'empêcher les détenus de mourir, tout en évitant de se faire recouvrir de déjections.

Le rythme du film est lent, tout comme la vie sur la base. La routine quotidienne est installée depuis maintenant 8 ans que la prison est ouverte, et les militaires font toujours les mêmes gestes, toujours les mêmes procédures de surveillance des détenus. Et c'est de cette routine que nous parle Camp X-Ray, routine finalement assez identique pour les détenus que les matons. Cette routine sage par le rythme et violente par les actes, qui a pour but de surveiller des détenus plus dangereux depuis longtemps, détenus (et non pas prisonniers) ayant perdu tout contacts avec le monde depuis maintenant près d'une décennie.

camp_x-ray_kristen_stewartCamp X-Ray ne cherche pas à dénoncer violemment ce qui se passe à Guantanamo, il ne remet pas en cause la potentielle activité terroriste des détenus. Il cherche juste à nous rappeler que ces détenus sont avant tout des hommes, et qu'ils ont eux aussi une histoire, une vie, des passions. Après 8 ans en détention, et sans aucun espoir de sortie (pas même le suicide), la seule attente des prisonniers est le dernier tome d'Harry Potter, ou de réussir à faire plus de jongles au football que ses camarades de détention.

Puissant par le message, Camp X-Ray arrive à être aussi touchant par une bonne interprétation de Kristen Stewart (qui l'eut cru ?) et un Peyman Moaadi exemplaire dans le rôle du détenu conscient de sa situation, qui a perdu sa vie mais n'a pas le droit de mourir.

Si l'on est certainement pas au niveau d'un Full Metal Jacket, Camp X-Ray nous rappelle une fois de plus que l'Amérique (et le cinéma américain en particulier) sait appuyer où ça fait mal et ne se voile pas la face sur ses erreurs. En tout cas, sur le post 9/11, c'est certainement à ce jour le film le plus réussi.

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