PIFFF 2021 – Gwledd / The Feast (2021, Lee Haven Jones)

Gwledd-The-Feast

Dans la campagne du pays de Galles, un couple de nouveaux riches qui autorisent le forage de leur terres par une compagnie industrielle s’apprête à recevoir des invités, famille et amis, pour un dîner dans leur maison ultra-moderne au design glacial. Le père est un politicien véreux, la mère une maîtresse de maison inquiète qui engage la jeune Cadi, dont le père est mort, victime d’un accident sur le chantier. L’ambiance n’est pas à la fête et les deux fils ne s’apprécient guère : l’un (Gweirydd) est obsédé par son corps et la forme physique, l’autre (Guto) est un musicien drogué. L’employée quasi-muette observe sans aménité tout ce beau monde qui va à sa perte.

Le malaise est perceptible dès le début et il s’installe dans cette villa trop propre, coupée de l’environnement, où la mère aime à respirer le grand air dans une pièce reculée, comme au fond d’un puits, alors que la nature est à sa porte. La moindre tache de terre devient une souillure et le plan des environs peut se lire dans une peinture abstraite du salon. Le fils à papa est une sorte d’athlète dégénéré et efféminé tandis que son frère voit sa jambe blessée se gangrener à la vitesse éclair. Aucun de ces personnages n’est attachant et Gweirydd perçoit ses parents comme des vampires qui ne lui laisseront pas d’héritage car ils ne mourront jamais. Dans cette atmosphère particulièrement délétère, quel rôle joue le jeune employée venue de l’extérieur ?

Il est tentant de voir en elle un instrument de la Nature qui reprendrait ses droits ; The Feast serait un Revenge Movie régional, parlé gallois et à tendance écolo. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait ça :

– Tout d’abord, les paysages sont tristes et désolés, et pas seulement à cause des forages. Un arbre mort et creux abrite des champignons (vénéneux?). Le fratricide a lieu également dans un bosquet lugubre. Rien d’exaltant ou de régénérateur à l’extérieur de la villa.

– Cadi est davantage un témoin passif ou un catalyseur qu’un ange exterminateur. Elle sauve même  Gweirydd de l’étouffement. Certes, elle le castre ensuite dans une étreinte traîtresse (en cachant un verre brisé dans son sexe) au milieu des bois mais la mère et ses invités n’ont pas besoin d’elle pour s’entretuer. La communion avec la nature pour Cadi se fait en présence de serpents et il est permis de croire que les forces qui sont libérées par le forage sont négatives, en rapport peut-être avec un folklore gallois, jamais précisé. 

Puisque Cadi n’est pas Carrie, la grande bouffe ne sera pas non plus une avalanche d’horreurs sous un ciel serein. Les invités se mettent à manger n’importe quoi. D’abord du lapin. Un plat mélangé à du vomi. Puis de la viande crue coupée en petits dés jusqu’aux asticots, en passant par des tranches découpées dans la jambe du fiston. Le plus curieux est que ce festin cannibale apparaît dans la continuité visuelle et narrative de ce qui précède. Si l’on signe un contrat juteux sans respect pour l’environnement, c’est qu’on est un capitaliste et un exploiteur, donc un vampire ou un cannibale. Je ne simplifie pas, c’est en gros le message du film. Cela semble expliquer ce climat pénible et cette gêne : ils étaient vraiment bizarres dès les premières images, mais rien d’étonnant au fond puisqu’ils en viennent à ça.

Ce film d’horreur insidieuse et non réaliste renvoie ses personnages à leur nature profonde qui les conduit à la régression et à l’auto-destruction. Entre la nature humaine et un écosystème déréglé, il y a place pour des chocs en retour. Pour les encaisser, il faut juste un estomac bien accroché.

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