Explication Deadly Illusions (Netflix)

La Folie transcendée par la Femme 

Le détail du début par lequel nous assistons à une conversation sous la douche de la salle de fitness entre Mary et sa meilleure amie refait surface dans le film. Dans cette conversation, nous entendons Mary avouer à son amie que l’écriture la rendait parfois névrosée, tant elle n’arrive plus à discerner la fiction de la réalité. Bien que ce discernement soit plutôt porté par des ondes positives en début de film puisqu’elle en vient à fantasmer sur cette jeune Grace qui lui fait un bien fou, il devient brutalement inquiétant, comme nous l’attendions. 

Mary ne sait plus discerner la réalité de la fiction et voit des signes de mauvaises ondes lorsqu’elle pense que Grace a une liaison avec son mari, Tom. Bien sûr, les deux partis le nient fermement et commencent doucement à faire passer Mary comme surmenée par le travail. Une approche plutôt classique, d’autant plus qu'il y a effectivement place à des doutes. 

Tout est mis en place pour que nous la croyions folle, alors qu’en parallèle, les comportements de Grace sont changeants. Elle apparaît plus sûre d’elle, moins prude, plus séductrice. Son mari n’y est pas indifférent. Le paroxysme du doute sur la folie de Mary arrive lorsque sa meilleure amie est retrouvée assassinée dans son bureau lorsque cette dernière souhaite se confier sur Grace.

Retenue au commissariat, Mary explique la situation et on lui fait doucement comprendre qu'elle est une suspecte majeure sur ce cas. Ne comprenant pas du tout, elle se pose toutes les questions et commence à se remettre en question. Bien sûr, le spectateur pense indéniablement que la coupable est Grace, mais une partie du montage, à ce moment du film, nous fait presque croire que Grace et Mary ne font qu'une. De la même manière dont Tyler Durden fait partie du subconscient du personnage incarné par Edward Norton dans Fight Club. Et cette théorie semble plus que plausible. Après tout, l’écriture de son roman lui prend bel et bien un peu de son énergie et de sa santé mentale.

Mais, dans ce cas, quel est donc le “hic” ? Le film peut-il être clôturé de cette manière ? Une romancière perd la notion de réalité à cause de l’écriture d’un roman et en devient folle ? C’est tout à fait possible, mais très vu et revu... Le film continue alors. Résignée à prouver que quelque chose ne tourne pas rond chez Grace, dont nous sommes maintenant persuadés qu’elle existe puisque Mary se rend chez sa tante qui confirme son identité, elle revêt la veste de détective. 

Nous apprenons que Grace a vécu une enfance difficile pendant laquelle elle était enfermée par ses parents. Ce trauma a créé chez elle une dualité psychologique forte et une schizophrénie avancée. Dotée d’une double personnalité, Grace est à la fois manipulatrice et sage. C’est sa personnalité “forte” qui a pris, à un moment, le dessus et a séduit Tom et poignardé son amie. C’est par contre, son côté petite fille qui a passé la plupart des moments avec Mary et est en manque d’amour et d’une situation familiale stable. Aussi, cela rend le personnage plus complexe que ce à quoi nous nous attendions. Jusqu’alors plutôt attendu, l’histoire prend, ici, un léger twist: celui de la double folie chez ces deux femmes, mais également de l’amour qu'elles se portent sincèrement. 

A la fin du film, nous apprenons que Tom trompait effectivement Mary avec cet autre aspect de la personnalité de Grace. Egalement que Mary, n’est pas folle, ou du moins, pas à cause de son livre. Aussi, nous apprenons autre chose, c’est que Tom, lui, est peint depuis le début du film comme le mari parfait, sans diagnostic particulier quant à sa santé mentale. 

Seulement, il est loin de l’être, à vrai dire. Car, c’est son avidité qui a induit l'acceptation de ce contrat pour Mary. C’est aussi lui qui a, de manière consciente, trompé. Certes, il a été séduit, mais rien, dans sa situation, ne l’engageait aucunement à succomber au côté “malade” de Grace. Il y a donc, dans le film, une critique, en filigrane, de la bonne apparence en société et dans le cocon familial. De même, une critique de la discrétisation de la femme, considérée comme peu saine d’esprit. 

Aussi, malgré le fait que Grace ait tenté d’assassiner Tom, ce dernier a tout de même précisé, ensanglanté, qu’elle l’avait séduit. Ce moment du film est étrangement peu éthique car, oui, nous voyons que Grace n’est pas dans un état “normal”, mais les choix de Tom sont également les siens.

Bien que le scénario soit foncièrement classique, il n’en est pas moins féministe. La dernière scène du film est la visite de Mary à Grace dans un établissement psychiatrique. Malgré les événements récents, à savoir, le meurtre de sa meilleure amie, la tentative de meurtre envers son mari et elle-même, Mary est là pour Grace. Il y a donc, certainement une volonté de la part de la réalisatrice de souligner une solidarité féminine face à certaines frénésies incontrôlables mais face à des injustices faites aux deux femmes par les institutions et les attentes sociétales. 

Le film est loin d’être parfait même, un peu "cheap" et renvoie à quelques lenteurs, et des scènes attendues, mais il y a tout de même une volonté d’exprimer, à travers la folie de deux femmes, leurs similitudes et leur compassion vis-à-vis de l’autre.  

Découvrez le dernier thriller sur Netflix dont voici la bande annonce:

1 2

Leave a reply