Cheval de guerre : Interview de l'éleveur de chevaux

Le nouveau film de Steven Spielberg, Cheval de guerre, dont vous pouvez lire notre critique, sort mercredi dans les salles de cinéma françaises. Grand spécialiste de la direction d'enfants, le réalisateur a expérimenté la direction de chevaux, un art difficile. Pour ce faire, il a été aidé par le dresseur de chevaux Bobby Lovgren, dont vous pouvez lire une bande annonce passionnante ci-dessous.

 

Quelle était votre fonction sur CHEVAL DE GUERRE ?
Mes titres officiels étaient « Horse Master » et « Head Trainer ». C’est en Angleterre qu’on utilise le terme « Master », maître. Aux États-Unis, on est coordinateur animalier, chef dresseur ou responsable des chevaux. C’est sensiblement la même chose. Je dirigeais une équipe de plusieurs entraîneurs et soigneurs.

Les chevaux venaient-ils tous d’Europe ?
Non. Mon cheval, Finder, a été amené par avion des États-Unis. La plupart des autres chevaux venaient d’Europe, d’Angleterre et d’Espagne. Certains chevaux, qui jouaient Topthorn, l’ami de Joey, venaient de Hongrie. Ils venaient donc d’un peu partout.

Quelles races de chevaux étaient présentes ?
Finder est un pur-sang anglais, et la plupart étaient des pure race espagnole (ou andalous) ou encore des demi-sang (ou warmbloods). Je dirais qu’il y avait une prédominance de pure race espagnole, et une petite partie de warmbloods. Ainsi que mon pur-sang.

Avez-vous fait un casting pour les chevaux ? Comment en êtes-vous venu à aller chercher vos chevaux en Hongrie, par exemple ?
Trouver nos chevaux acteurs principaux a été assez facile finalement, le plus difficile a été de trouver les doublures. Faire un casting marche moyennement pour les animaux parce qu’on ne sait pas si les propriétaires sont honnêtes sur leurs compétences. On fonctionne au bouche-à-oreille. C’est primordial de connaître l’animal qu’on retient parce que la préparation pour le film est très courte. La sécurité prévalant, on doit connaître l’animal avant de le mettre dans une situation pas forcément confortable.

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Où sont les chevaux maintenant ?
Ils ont retrouvé leurs propriétaires et Finder est rentré avec moi à la maison. Certains chevaux achetés spécialement pour le film ont été ensuite revendus à des gens qui ont travaillé dans l’équipe ou sur le projet. Nous savons où se trouvent tous nos chevaux et nous avons tout approuvé.

Finder a-t-il été le seul à jouer Joey ?
Non. CHEVAL DE GUERRE raconte l’histoire d’un cheval depuis l’enfance, quand il est poulain, puis yearling, jusqu’à l’âge adulte. Nous avons choisi des chevaux différents pour chaque étape de la vie de Joey.
À mes yeux, il n’y avait pas de « cheval star » sur le tournage. Ils l’étaient tous parce qu’ils avaient chacun leur propre rôle à jouer dans les différentes séquences. Et toutes étaient difficiles. Finder était le seul néanmoins à avoir une expérience dans le cinéma et à avoir joué un cheval en liberté dans un film. On définit la liberté d’un cheval par sa capacité à jouer sans contraintes. Il travaille de lui-même. Il était le seul à posséder cette faculté de pouvoir s’adapter à tout changement, sans que j’aie à le préparer encore et encore. Je savais ce dont il était capable. Il nous offrait une marge de sécurité car, sur un film, les choses changent constamment, et les chevaux inexpérimentés avaient plus de mal à s’adapter – ce sont des créatures qui aiment leurs habitudes. Finder est évidemment mon héros même si, encore une fois, tous les chevaux étaient héroïques à mon sens.

Parlez-nous du maquillage des chevaux…
Nous avions un département maquillage spécial pour les chevaux, et les maquilleuses ont fait un travail formidable malgré la difficulté. La production était très pointilleuse sur la robe des chevaux, et il fallait que chaque marque soit approuvée, ce qui demandait du temps. Toutes les balzanes (les marques blanches au-dessus des sabots) devaient être identiques, ainsi que les marques du front. Un travail à temps plein, surtout lors des scènes de guerre, lorsque les chevaux se salissaient.
Il fallait bien planifier le temps consacré au maquillage pour que l’on puisse tourner. Et lorsque l’un des chevaux était fatigué ou dans un mauvais jour, on prenait les doublures qui devaient être prêtes. Donc sans maquillage, impossible de tourner. Je devais savoir quels chevaux allaient tourner quelles séquence, et les tenir prêts. Tout en prenant soin de ne pas blesser les chevaux ou trop les fatiguer parce que la fatigue fait commettre des erreurs. Mon travail consistait ainsi à avoir tout cela en tête pour que les choses se déroulent correctement.

Quel âge a Finder, et comment avez-vous trouvé un cheval aussi doué ?
Finder a 11 ans. J’étais entraîneur sur PUR SANG, LA LÉGENDE DE SEABISCUIT. Nos producteurs, Kathleen Kennedy et Frank Marshall, avaient acheté des chevaux pour ce film et Finder était l’un des deux chevaux que je devais entraîner pour le film. À la fin du tournage, je l’ai acheté. C’est comme des retrouvailles puisque Kathleen et Frank sont de nouveau producteurs sur ce film. La boucle est bouclée.

Combien de chevaux avez-vous personnellement entraînés sur CHEVAL DE GUERRE ?
Peu. Je suis arrivé un peu plus tard sur le tournage, donc beaucoup de chevaux avaient déjà acquis les bases. Et j’ai eu la chance de retrouver deux dresseurs qui avaient été mes assistants sur de précédents films, et avaient appliqué mes méthodes d’entraînement. Je n’ai eu qu’à apporter quelques ajustements. Il ne faut pas changer de dresseur ou de soigneur pour un cheval, cela rend les choses plus difficiles pour lui parce que chacun a sa propre méthode – on ne change pas le partenaire de danse avec lequel on a l’habitude de danser ! Même si la nouvelle personne est capable de danser, elle n’a pas le même rythme, et c’est l’une des particularités de l’entraînement des chevaux.

Qu’est-ce qui doit être mis en place pour que le département des chevaux travaille bien sur le tournage ?
Le plus important est d’établir de bons rapports avec la production. J’avais déjà fait un film avec les producteurs et avec Adam Somner, le premier assistant réalisateur. Le premier assistant a un rôle majeur pour notre département parce qu’il sait exactement ce que veut le réalisateur. Il me l’explique, j’évalue cela en termes « équestres » et lui dis en retour ce dont j’ai besoin pour y parvenir. Par exemple : le réalisateur veut tourner une scène avec un seul cheval. Je sais qu’il y aura plusieurs prises car ce cheval doit courir sur une distance importante. Ils me disent aussi que dans la séquence, ils ont besoin de faire beaucoup de courses, pour avoir plusieurs angles de prise de vues avec des caméras différentes. Donc je sais que je vais avoir besoin de plus d’un cheval pour ce plan, et que je vais devoir en entraîner plusieurs de manière spécifique.

Quels défis avez-vous dû relever sur le tournage ?
Pour être honnête, chaque jour était un défi. Il se passait énormément de choses, et nous avions le sentiment que travailler sur CHEVAL DE GUERRE était quelque chose d’énorme et de très particulier. Je dois dire que le plus stressant était de travailler avec les poulains. C’est comme travailler avec des enfants. Ils se fatiguent vite, alors il faut des doublures. Heureusement, j’avais déjà fait des films avec des poulains et l’expérience m’a aidé, même s’ils ne sont pas faciles à manier. Ils sont trop jeunes pour les faire travailler longtemps, ou les préparer comme on le ferait avec des adultes. Ils sont mentalement trop jeunes, et si vous prenez le temps de les faire évoluer, ils grandissent physiquement et ne sont plus des poulains.
C’est vraiment un challenge. Il y avait beaucoup de travail avec le poulain et la jument en liberté. Faire travailler les chevaux ensemble est le plus difficile mais heureusement, Finder a parfois joué la jument. On ne peut pas utiliser la vraie jument avec son poulain car il aura du mal à s’en séparer. Lorsqu’on a présenté le poulain à Finder, cela s’est bien passé. Je savais ce qu’il fallait faire : le poulain devait établir une relation de confiance avec Finder, et accepter de le suivre. Je dirais que c’était la grande inconnue, que nous ne pouvions pas vraiment prévoir les entraînements. On pouvait juste lancer les dés et voir au fur et à mesure.

Quelle scène vous a paru la plus difficile à tourner avec les chevaux ?
À vrai dire, il y en a eu plusieurs assez intenses. Il fallait les amener à faire passer des émotions à travers leur regard – ils devaient avoir l’air heureux, triste, apeuré… – mais il ne fallait pas réellement leur faire peur parce que quand un cheval panique, il devient très dangereux ! Ces regards ont été difficiles à obtenir. Et puis, des choses qui paraissent banales aux gens peuvent être très dures à réaliser. Comme garder un cheval immobile par exemple, puisque ces animaux sont toujours en mouvement.

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Les scènes de guerre ont-elles posé des problèmes particuliers ?
On a beaucoup travaillé les effets spéciaux, comme les tests de fumée, habituer les chevaux au bruit, maîtriser le périmètre. Il y avait beaucoup de bruit donc si le bruit avait dérangé les chevaux, on l’aurait ajouté plus tard. Il y avait aussi des bombes qui tombaient et de la poussière. La préparation nous a permis de mesurer l’impact de tout cela sur les chevaux – certains s’en moquaient et d’autres n’aimaient pas du tout telle ou telle chose. Quand on tournait une scène, je connaissais la séquence et on mettait en place le plan avec le premier assistant pour décider de l’endroit où la prise de vue serait la meilleure avec les chevaux. Par exemple, les explosions devaient être proches de la caméra mais les chevaux ne pouvaient pas être aussi près, alors il a fallu trouver un juste milieu. On devait aussi voir avec les équipes chargées des effets spéciaux pour définir les modalités des explosions – puissance, direction... Toutes ces choses étaient essentielles. Tout comme l’endroit, qui devait ressembler à un champ de bataille tout en restant un espace sans danger. Il y avait des armes de la Première Guerre mondiale et des barbelés – factices, bien évidemment.

Avez-vous travaillé avec l’American Humane Association pour assurer la sécurité des chevaux ?
L’association était présente tous les jours sur le tournage en la personne de Barbara Carr. Elle était fantastique. Un vétérinaire était également sur place bien qu’il n’y ait eu aucun problème. De la même façon qu’un médecin doit être présent dans une équipe, nous avions un véto. Il était indispensable durant les charges de la cavalerie en raison du nombre de chevaux. Si quelqu’un trouvait que quelque chose clochait, il pouvait s’adresser directement au vétérinaire.

Quelle a été l’expérience la plus inoubliable pendant le tournage ?
Ce doit être le premier jour où j’ai lu le scénario et découvert le storyboard. Je n’avais pas conscience de mon rôle et des défis qui m’attendaient. J’ai eu plus de souvenirs mémorables sur CHEVAL DE GUERRE que sur tous les films précédents parce que l’on a beaucoup travaillé avec les chevaux. Il n’y en a pas de particulier, juste l’expérience dans son ensemble.

Avez-vous dû entraîner les acteurs à monter ou seulement vous occuper des chevaux ?
Les acteurs ont passé beaucoup de temps avec les chevaux, et la production a fait un travail remarquable pour que les acteurs nous sollicitent. Et plus que l’entraînement en lui-même, nous avons travaillé ensemble parce qu’ils devaient savoir comment nous, les dresseurs, travaillions avec les chevaux et communiquions avec eux. Ils devaient savoir pour chaque plan à quel moment nous allions intervenir car ils devaient alors rester en retrait tout en continuant à jouer, ne pas distraire les chevaux de façon à ce qu’ils puissent suivre nos indications.

Jeremy Irvine interagit beaucoup avec Joey…
Jeremy a été incroyable. Honnêtement, au début, il faisait plus partie de notre équipe que de celle des acteurs. Nous l’avons accueilli comme tel. Il nettoyait les écuries, étrillait les chevaux. Il travaillait avec nous. Il connaissait notre travail aussi bien que nous et cela a apporté une spécificité à son jeu. Il avait en plus cette belle attitude qui consiste à apprendre et accepter les critiques quand il faisait des erreurs, pour pouvoir s’améliorer.

Avez-vous utilisé des doublures de cavaliers pour tous les acteurs ?
On avait toujours des cascadeurs pour faire les choses dangereuses. Si l’acteur est dos à la caméra, pas besoin de prendre de risques. Jeremy Irvine a beaucoup monté, il en était vraiment capable. Les cavaliers durant les charges ont fait 99 % du travail eux-mêmes. Chacun était au maximum de ses capacités tout le long.

Avez-vous été épaulé par la production dans votre travail ?
Absolument. Chaque jour. Il aurait impossible d’accomplir ce que nous avons fait sans l’équipe de production. Les producteurs et Adam Somner, le premier assistant, étaient toujours présents et impliqués dans chaque prise. Nous avions aussi de très bons rapports et une excellente communication avec Steven Spielberg, ce qui me tenait vraiment à cœur dans la mesure où il me disait exactement ce qu’il voulait. C’est facile quand les choses se déroulent comme prévu mais même les jours difficiles, la production nous a toujours soutenus. Si on avait besoin de temps pour changer les chevaux, ou modifier une scène, ou aider un cheval à faire quelque chose de différent, ils nous aidaient. Si quelque chose ne fonctionnait pas bien, on essayait de s’y prendre autrement le lendemain. Honnêtement, c’était un travail d’équipe, une réussite commune.

Qu’avez-vous appris à travers votre travail pour le cinéma ?
Pour faire court, j’ai découvert que savoir dresser les chevaux n’est finalement pas le plus important quand on veut exercer ce métier dans l’industrie du cinéma. On peut être le meilleur dresseur de chevaux du monde, si on ne sait pas communiquer ou si on ne connaît rien à la manière dont se fait un film, on n’ira jamais au bout de la prise. J’ai appris à raisonner moins comme un dresseur que comme un cinéaste, qui comprend comment on fabrique un film, et cela m’a rendu plus créatif. C’est tellement fantastique quand un réalisateur vous demande comment on peut améliorer la scène… Ce qu’a fait Steven Spielberg avec beaucoup d’intelligence. Le danger est la seule raison qui peut me faire refuser une prise, mais j’essaie en général de ne pas dire non. Je m’efforce plutôt de proposer deux ou trois manières de faire la scène en trouvant le juste milieu entre ce qui est le mieux pour le cheval, et ce qui est le mieux pour la caméra.

Pensez-vous que les dresseurs de chevaux deviennent rares au cinéma ?
Ils n’existent pratiquement plus. Les gens ne comprennent plus les animaux. Ils ne travaillent plus autant avec les chevaux que par le passé, quand on tournait de nombreux westerns. Ils ne savent pas non plus comment travailler avec un metteur en scène. Les gens doivent être plus communicatifs s’ils veulent faire ce métier. Ils doivent faire part de leurs besoins tout en connaissant ceux de la production parce que, pour être franc, le cheval joue un rôle minime dans 99 % des films. Ils doivent avoir conscience de cela et ne pas se concentrer uniquement sur ce que doit faire l’animal durant la scène.

 

2 comments

  1. Richard B. Riddick 20 février, 2012 at 03:38

     « dont vous pouvez lire une bande annonce passionnante ci-dessous.  »
    Interview non?
    Effectivement c’est très intéressent, bon biensur il prétend que tout a été génial comme d’hab avant que le film sorte, après c’est toujours plus nuancé une fois que la promo est fini, mais cet interview nous aprend vraiment beaucoup de chose, rare de voir quelqu’un autre que les acteurs ou le réalisateur donner une interview, qui plus est aussi riche que celle ci, merci Oblikon.

  2. Céline 28 mars, 2014 at 11:28

    A quand la vérité sur les tournages de ces films hollywoodien où les animaux sont utilisés? ??
    No animals were harmed? ?
    MENSONGE! CALOMNIE !!
    Joey cheval acteur de ce film est mort des suites de ce foutu tournage !! Quand est ce que vous le direz cela ??
    Tout ça pour se l’argent !! C’est honteux honte au réalisateur

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