La forme de l'eau : explications du film The shape Of Water

Guillermo Del Toro, qui a plutôt déçu avec ses derniers opus Pacific Rim et Crimson Peak, a vu son nouveau film, The Shape Of Water, remporter la compétition officielle de la 74e Mostra de Venise. Un gage de qualité, quelques année après avoir ébloui le Festival de Cannes avec Le Labyrinthe de Pan. Le film est également l'un des grands favoris dans la course aux Oscars.

Comme pour toutes nos analyses et explications de films, vous trouverez de nombreux SPOILERS dans ces pages. Si la première page se veut avant tout une critique à lire sans prendre trop de risques quand aux révélations sur l'intrigue, les pages suivantes rentrent dans le vif du sujet et permettent de mieux comprendre les personnages et leurs secrets, les thématiques cachées du film et la fin plus ouverte qu'il n'y parait.

Bonne lecture, et surtout, n'oubliez pas de donner votre avis et de partager vos propres théories en commentaires !

Synopsis

Durant la Guerre froide, en 1963. Elisa, muette, travaille dans un laboratoire dans lequel est retenu prisonnier un homme amphibien. La jeune manutentionnaire tombe alors amoureuse de la créature. Avec l’aide de son voisin, elle décide de le libérer. Elle ignore cependant que le monde extérieur pourra être aussi dangereux pour lui.

Guillermo Del Toro signe l'un de ses plus beaux films

Pour tous ces films, Guillermo Del Toro nous offre une esthétique travaillée, mais pas toujours nécessaire ou au service du propos. Dans Crimson Peak, le beau prenait parfois l'ascendant sur l'essentiel, sur la narration et sur les émotions... Il est revenu à plus d'équilibre avec The Shape Of Water.

Le cinéaste n'a pas abandonné son ambition visuelle, bien au contraire. The Shape Of Water est très beau. La photographie, les décors, le design de la créature, tout est réussi. Si on voulait chipoter un petit peu on dirait même qu'il y a encore un peu trop de mouvements de caméra, parfois là où un simple plan fixe serait suffisant. Mais contrairement au film précédemment cité, on a jamais l'impression que la caméra est là pour montrer le travail de création artistique, mais bien pour servir l'intrigue et les personnages.

Comme Tim Burton il y a bien longtemps, Guillermo Del Toro s'intéresse aux monstres. Mieux que ça, il les aime. Dans ses films, on ne sait pas toujours très bien qui est le monstre entre la créature et l'humain. Cet aspect est omniprésent dans The Shape Of Water. Sa créature ne reste pas effrayante plus de deux minutes. Au contraire, c'est elle qui est effrayée et torturée par l'ignoble Strickland. La relation développée entre Elisa, femme muette et chargée de nettoyer les toilettes du laboratoire, et la créature peut déjà être considérée comme une des plus belles histoires d'amour de ces dernières années. Pourtant, le réalisateur n'accorde que quelques scènes à leur connexion précédent l'évasion. Il fait avancer l'intrigue, confronte Elisa à Strickland et au monde, nous fait rire par l'intermédiaire de l'actrice Octavia Spencer, excellente dans son rôle de complice et collègue bienveillante.

Et pourtant, la poésie s'installe progressivement, au détour de quelques petites séquences, et surtout de la construction d'un personnage incroyable et fort avec Elisa. Sally Hawkins ne parle pas, mais elle transmet une volonté et un charme incroyable à son personnage. On adhère systématiquement à ses actions. On pourrait la trouver étrange. On sent dès le début qu'elle est différente. Et pourtant, on s'identifie de suite, on l'aime, et on est heureux lorsque l'histoire d'amour se concrétise...

Divertissant et très plaisant

Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Son voisin, Giles (Richard Jenkins) va aider Elisa dans sa quête. Homosexuel à une époque ou cela n'est pas bien vu, dessinateur publicitaire à une époque ou tout le monde veut des photos et témoin des injustices dont sont victimes les gens de couleur en ville, il va vite se raviser sur la créature. Comme nous, il ne va plus la voir comme un monstre, mais simplement comme un être différent, et comme nous, il ne sera pas choqué, pas même surpris, lorsqu'il verra Elisa et la créature ensemble. Enfin, on ne peut pas parler des personnages sans s'attarder sur Strickland. Michael Shannon est un très bon acteur. Guillermo Del Toro semble même vouloir apporter une certaine humanité, avec de vraies failles, à son personnage, très discrètement, tout au long du film. Même si on ne peut s'empêcher de le trouver diabolique. Shannon est vraiment excellent et impitoyable jusqu'au bout.

Au final, Guillermo Del Toro signe un divertissement très plaisant et très bien fait. Surtout, il semble faire le film tel qu'il le souhaite, sans contraintes, en s'accordant un peu de gore quand il le souhaite, sans peur de choquer. Il nous propose une oeuvre d'une grande poésie, envoutante de la première à la dernière minute.

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17 comments

  1. Romain Picot 27 février, 2018 at 13:47

    J’ai adoré le film et la critique.
    Je me posais des questions à propos de la couleur verte.
    L’artiste se fait refouler pour sa publicité car la gelée est verte et qu’on la veut rouge.
    Elisa est habillé tout le film en vert jusqu’à la nuit passée avec la creature ou elle mettre du rouge.
    La Cadillac n’est pas verte, elle est sarcelle !
    Et le film se finit par le titre qui s’affiche avec la couleur verte. Si vous avez des idées je suis preneur.

  2. baz 2 mars, 2018 at 12:12

    A moments donnés, il est distillé et suggéré que :
    – les cicatrices sur le cou d’Elisa résultent d’une opération chirurgicale « sadique »
    – Elisa est une orpheline recueillie tout enfant abandonnée et sauvée in extremis au bord d’un marigot
    – Elisa adore se branler dans son bain
    On peut en déduire qu’Elisa est donc un monstre mutant né avec des branchies, corrigées/mutilées au prix de son mutisme, du même adn que le dieu mexicain aquatique.
    D’où leurs retrouvailles et relations compatibles des plus normales, le dieu guérisseur avatarien (transhumain germain dérivé de notre lointain ancêtre l’homo tetarus) lui redonnant ses facultés amphibiennes pour le happy end des familles converties aux monstres gentils et t héros pas beaux, tolérance vivre ensemble intégration heureuse tout ça tout ça…
    Outre cette propagande ecoco lgbt balancée pour les statuettes dorées, le scénar cousu de fils gras, comporte plusieurs artifices anti logiques, normal vu le parti pris idéologique manichéen inversé, comme cette absurdité de ne pas avoir directement reconduit en estafette notre fishman évadé à l’océan tout proche, plutôt que de le faire faisander dans une baignoire au sel de guérande et le jeter avec classe dans le trop plein d’égoût, du prochain orage bien affiché en caractères gras sur le calendrier google.

  3. Naiade 2 mars, 2018 at 16:28

    Pourquoi les oeufs? Je crois avoir compris pas mal des symboles. Les doigts noircis la voiture abîmée marquant l’impuissance du personnage. La masturbation dans la baignoire qui annonce ensuite l’acte d’amour dans la même pièce. Bref rien n’est arbitraire. Alors pourquoi l’oeuf…?

  4. Sans Importance 4 mars, 2018 at 23:05

    Attention de ne pas trahir ce très beau débit de poésie comme il est maladroitement commis dans la critique cinématographique un peu plus haut…

    « Incapable de percevoir ta forme, je te trouve tout autour de moindres
    Ta présence emplie mes yeux de ton amour
    Elle rend humble mon cœur, car tu es partout… »

  5. Sans Importance 4 mars, 2018 at 23:07

    Oups! Erreur du clavier automatique…

    Attention de ne pas trahir ce très beau début de poésie comme il est maladroitement commis dans la critique cinématographique un peu plus haut…

    « Incapable de percevoir ta forme, je te trouve tout autour de moi
    Ta présence emplie mes yeux de ton amour
    Elle rend humble mon cœur, car tu es partout… »

  6. Michèle Sauvage 5 mars, 2018 at 13:39

    Je me demande qu’est-ce que Elisa a dit à Strickland en language des signes.

  7. Tessaro 8 mars, 2018 at 18:42

    Bonjour. Quel est l´auteur du poème à la fin du film?
    La couleur vert représente l’espoir…. il faut toujours croire en son avenir?le flottement

    Le flottement dans la pièce remplie d’eau m’a fait penser au Titanic instantanément , sans savoir pourquoi. ? Continuer comme cela v’est Super.
    Phipadilou

  8. Michèle Sauvage 9 mars, 2018 at 16:05

    La cpuleur vert sarcelle est typique aux années 50 début 60. Presque tout était de cette couleur. Je me souviens des appareils ménagers et petits électroménager de mes parents tous vert sarcelle. Les affiches des magasin et la voiture de mon père vert sarcelle. C’était la couleur à la mode à cette époque en Amérique.

  9. dog 6256 15 mars, 2018 at 03:35

    Personne n’a vu l’ombre de Darwin flotter ? La théorie de l’évolution… Nos propres facultés ignorées, insondées, inexplorées… tout comme le fond des océans… ou de la conscience
    Personne ne songe que ce film est un symbole de vie, de fécondité, d’éternité, entre l’eau et l’œuf, et ce mouvement lancinant, cette vibration perpétuelle que l’eau propage ?
    Personne ne songe que le « vert sarcelles » nous parle des frontières plus que floues entre le bleu et le vert, et nous plonge au cœur de l’englouti, des profondeurs qui restent à découvrir, en nous et autour de nous ?
    Car la couleur n’existe pas… c’est une longueur d’onde
    J’y vois donc un travail d’alchimiste, une lente fusion entre ce que nous avons été, ce que nous sommes, et ce que nous deviendrons, pour peu que nous prenions conscience de notre humanité.
    Ce film, onirique à souhait, est un appel à notre humanité, à ce qui nous fonde, à ce qui nous lie
    Ce qui flotte ici, ce qui nous entoure et nous forge, ce qui clignote bleu comme clignote « mon frère », c’est mon « âme », celle dont je suis incapable de percevoir la forme… qui rend humble… car elle est partout.
    Nous sommes ce que nous décidons d’être, des êtres vils et sans honneur ou bien des héros. Et nul doute que nous sommes à la croisée des chemins. De nos choix personnels découleront d’infinis possibles, des possibles fragiles, en devenir, et qu’il suffit juste de vouloir pour que nos branchies se révèlent et que s’ouvre la porte d’un nouveau monde …

  10. Michèle Sauvage 15 mars, 2018 at 04:06

    Alors là mon frère je crois que tu devrais lâcher la drogue, retirer ta chemise aux motifs fleuris, enlever la couronne de fleurs que tu portes au cou, enlever le bandeau que tu as autour de la tête, enlever tes petites lunettes rondes, jeter ton macaron « peace and love » entrer dans ta machine à remonter le temps pour quiter les années 60 et revenir en 2018 ????

  11. Yunity 21 mars, 2018 at 00:55

    DOG 6256 : Il y aurait un moyen de te contacter, pour discuter d’avantage de ton point de vu ?

  12. lustro 24 mars, 2018 at 23:09

    Bravo pour les commentaires, il y en a qui vont loin…Moi aussi je suis romantique et je vois la créature et la belle vivrent heureux au fond de l’océan…Guillermo del toro est un cinéaste de l’amour, ses films baignent dans un onirisme qui me fait penser à Cocteau et la fin du film quand ils s’enlacent et s’embrassent me fait penser à la fin de la Belle et la bête du dit Cocteau…Merci M Del toro de nous faire rêver…Il était une fois…

  13. dog 6256 1 avril, 2018 at 14:34

    A Michèle Sauvage : JE SUIS UNE FILLE pour le cas où le message s’adressait à moi. A Yunity : comment fait-on? Je ne souhaite pas spécialement donner mes coordonnées ici sur le web… ???

  14. Jin 31 juillet, 2018 at 00:25

    Un pan important de l’analyse devrait concerner la dimension mythologique :
    – le cinéma Orpheus, et la créature à la fin qui, tel Orphée, essaie de ramener à la vie son Eurydice/Elisa,
    – ce même cinéma qui diffuse le film du Livre de Ruth (grand-mère du Roi David),
    – Samson et Dalila, bien sûr,
    – les chats de Giles (Thor, Pandore, etc.)
    Il y a tant et tant de références à ces récits anciens…

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