SHUTTER ISLAND : Analyse et Explications de la fin

Sorti en 2010 sur nos écrans, Shutter Island est originellement tiré du roman de Dennis Lehane, dont on connaît notamment le nom pour des œuvres telles que Mystic River ou encore Gone Baby Gone, également retranscrites à l'écran. Martin Scorsese signe, avec ce thriller psychologique, adapté de manière fidèle selon les lecteurs du livre, une de ses pépites cinématographiques.

Synopsis

1954, États-Unis. Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont deux Marshall de l’armée US et sont envoyés sur une île mystérieuse du nom de Shutter Island. Cette île a la particularité d'y incorporer une institution psychiatrique des plus anodines, dans laquelle sont internés, des criminels de la plus dangereuse espèce. Demandés en renfort à la suite de la disparition d'une des patientes, Rachel Solando, les Marshall doivent faire face à une foulée de questionnements perturbants et improbables. Comment la patiente s'est-elle enfuie alors que la cellule était fermée de l'extérieur ? Une enquête d'autant plus déroutante que les Marshall vont vite réaliser qu'ils ne peuvent pas sortir de l'île...

Analyse

Le double sens de lecture du film

La beauté de Shutter Island, c'est que le film prend une tournure complètement différente pendant le visionnage du film, et cela, de manière étrangement naturelle. Il y a deux écoles quant à la manière d'analyser le film. Elles divisent le public entre ceux qui ont visionné le film une fois et ceux qui l'ont visionné deux fois ou plus (dont je fais partie). Pourquoi cela change-t-il radicalement la manière dont cette analyse va être écrite ? Parce que le film est rempli d'images et d'insinuations que l'on ne peut comprendre (ou remarquer) qu'à partir de la deuxième lecture du film. Les réponses aux questions que nous nous posions au premier visionnage semblent s’éclaircir à sa seconde lecture.

Pour clarifier ces faits, allons droit au but et révélons dès maintenant ce qui fait de Shutter Island un film porteur de questionnements. Simplement, nous pensons suivre une enquête tout ce qu'il y a de plus lambda de deux US Marshall au sein d'une institution psychiatrique. Certes. Mais la question que tout le monde se pose à la fin du film est celle-ci : Teddy Daniels est-il fou ou non ? Comment avons-nous pu passer à côté d'un tel détail, au point de ne pas jamais connaître la réponse ?

D'où l'utilité d'un second visionnage. Il est très facile de penser, lors du premier visionnage du film, que Teddy Daniels n'est absolument PAS fou et qu'il est victime d'une conspiration gouvernementale visant à le déstabiliser au sein de cette société. Nous nous sommes bien  trop attachés au personnage pour laisser le gouvernement s’en tirer ainsi… Aussi, notre niveau d’empathie s’élève considérablement au premier visionnage et nous pensons et même voulons que Teddy Daniels ne soit pas fou.

Seulement, lorsqu'un second visionnage se fait, un twist psychologique commence à se former dans nos cerveaux. Teddy Daniels (qui s'appelle en réalité Andrew Laeddis) EST fou car les éléments narratifs ainsi que les indices de réalisation nous poussent à croire que Daniels est malheureusement condamnable.

Que devons-nous donc conclure de tout ce retournement psychologique viral ? Ne serions-nous pas, nous spectateurs, les véritables fous à ne pas vouloir nous décider sur l'état psychologique du protagoniste ?

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6 comments

  1. Laura 12 mars, 2018 at 08:53

    Coucou,

    Ha, il fait partie de ses films à fins multiples possibles, je trouve !
    En fait, la fin est différente selon les personnes. Je l’ai visionné deux fois et c’est vrai qu’il faut bien ça pour comprendre ! Cela me fait penser au film Inception, qui a fait couler, lui aussi beaucoup d’encres !

    Belle journée,
    Laura – Bambins, Beauté et Futilité

  2. Inès Baalouche 12 mars, 2018 at 10:47

    Merci pour votre commentaire Laura !
    Je suis assez d’accord avec vous sur les multiples fins possibles. C’est ce qui fait le charme de ce type de films (comme Inception).

    Belle journée à vous aussi !
    Inès

  3. foutue13 9 avril, 2018 at 12:19

    Merci pour cette article Les multiples fins possibles sont aussi la pour nous faire voir la vision d’un fou qui n’arrive pas à décerné la réalité de la folie comme Teddy Daniels penser que Teddy est vraiment marshall c’est un peu penser comme un fous et ceux qui pensent l’inverse sot soit des fous qui ont étais guéris par le film et donc évite la lobotomie soit des personnes seine d’esprit mais gardons aussi en têtes que la vérité sort de la bouche des fous.

  4. Franck Burbank 25 juillet, 2018 at 02:42

    Super article ! En effet, la fin laisse perplexe. Personnellement, je considère Laedis à la fin du film comme conscient de ce qui est arrivé. La phrase me paraît plutôt claire. D’où le regard dubitatif du Docteur Sheehan.

    « Vaut-il mieux vivre en monstre ou mourir en homme bien ? »

    De mon humble avis, cette phrase indique qu’il est conscient de ses actes. Il préfère donc la lobotomie avec des personnes autour indiquant « le pauvre, sa folie a pris le dessus. Normal, avec tout ce qu’il a vécu.. » plutôt que d’assumer avoir tué la femme qu’il aime et de vivre avec cette douleur.

  5. Delphine 25 novembre, 2018 at 23:24

    Hello!

    Merci pour cette analyse, c’est intéressant sachant que justement moi j’ai l’avis inverse 🙂

    Selon moi, Di Caprio est bien Marshall et s’est tout simplement fait berné, par une mise en scène pour au final le faire passer pour fou, afin qu’il ne ressorte pas de l’île et que les secrets de l’asile restent secret.

    Votre point de vue c’est que cette mise en scène a pour but de lui faire admettre, étant un patient dans le déni, ses crimes.

    Chacun des arguments soulevés dans cette analyse peuvent également servir mon point de vue.

    Dans les 2 points de vues, tous les membres de l’île (patients et personnels) jouent un rôle de sorte qu’à chaque fois qu’il y a une scène trop fortuite, une scène « clin d’œil », ça sert la mise en scène mais ça ne dit rien sur le but de cette mise en scène

    Le point commun entre votre point de vue et le mien c’est que Chuck n’est pas Marshall.
    Chuck est bien psy et est donc bien le Dr Sheehan.
    Ça explique qu’il ne sache pas sortir une arme de son étui ;)…

    1- Il est quand même incroyable de penser que si Teddy (Marshall) était vraiment Andrew (patient fou) il serait incapable de se souvenir du visage de ses propres enfants alors qu’il aurait soit disant tuer par amour pour eux, son propre psy, des autres patients, de son directeur d’asile, du personnel encadrant, du personnel dirigeant (un allemand bon sang ! A cette époque là, après la guerre contre les Nazis, le moindre allemand était suspect. D’autant plus qu’il est supposé avoir fait la guerre contre eux.. Aheum), des gardes, des bâtiments alors qu’il y a passé ses 4 dernières années, croisé les mêmes gens encore et encore !..
    Le déni, état psychologique, se traduit par le fait pour le cerveau, d’occulter un fait, passé ou futur, traumatisant ! Ça ne fait pas perdre la mémoire en général….!

    2- Peut être que Chuck s’est débarrassé du vrai  coéquipier prévu pour prendre sa place.
    Peut être qu’aucun coéquipier n’était prévu.
    L’affaire n’est pas aussi officielle et importante que ça.
    Il s’agit juste de la disparition d’une patiente lambda.
    D’ailleurs, si elle était si importante l’état aurait envoyé plus d’un, même plus de deux, hommes pour enquêter !..
    Par ailleurs, Chuck indique venir de Seattle et Teddy de Portland, il est donc confirmé qu’il ne se connaissait pas.

    3- l’histoire commence nécessairement, pour des besoin scenaristiques, rappelons qu’il s’agit d’une fiction.., par absolument aucun contexte passé vécus par le spectateur.
    Les seuls éléments passés sont vécus indirectement : souvenirs, hallucinations, paroles rapportées, Etc.
    C’est uniquement pour servir la fiction et au final créer l’énigme !…
    Si on avait pu vivre en temps réel, en tant que spectateur, les 2h précédant la traversée en ferry, on aurait déjà la réponse : vient il de l’asile car il est fou / vient il de descendre d’un voiture de police à Portland pour prendre le ferry ? 😉

    4- Teddy a accepté cette enquête uniquement par opportunisme, son but étant de retrouver l’assassin de sa femme Andrew Laeddis.

    5 – si Chuck fait un sourie en coin lorsque Teddy interroge la patiente au sujet de Sheeran, répondant qu’il est bel homme, c’est bien car Chuck est Sheehan. Là dessus, on est d’accord et ça sert aussi mon point de vue.

    6- cette patiente essaie d’écarter Chuck pour dire à Teddy de fuite car elle est au courant de la mise en scène, que le Dr Sheehan joue un rôle puisqu’elle même le connaît, étant également sa patiente. Elle sait qu’il ment et mentir à un Marshall (à la police) c’est toujours parce qu’on a qq chose à se reprocher (crime, infraction, délit..).
    Elle cherche juste à sauver le Marshall qu’est Teddy. Peut être aussi dans l’espoir qu’il dénonce, à son retour sur le continent, les comportements étranges du personnel de l’asile et qu’elle et les autres patients soient sauvés.

    7- Elle sait également que Laeddis est bien le 67eme patient. Le tueur de la femme de teddy et qu’il a subi des interventions barbares ce qui explique sa crainte, par représailles, lorsqu’il l’évoque.
    Que va faire l’asile contre une patiente qui osé dénoncer ce qu’ils font dans l’asile ?
    Et bien.. Une lobotomie. Exactement ce qu’ils vont faire au Marshall teddy à la fin pour ne pas qu’il les dénonce !…

    8- l’histoire du verre d’eau peut également s’expliquer par la prise de psychotropes ingérés à son insu, ce que le Dr Solando propose.
    Aussi, depuis le début, la mise en scène vise à faire croire à teddy qu’il avait une femme et des enfants.. Pourquoo la fausse Solando agit comme si elle était sa femme, et qu’elle avait tué LEURS enfants ?
    C’est ce qu’on appelle le pouvoir de suggestion.
    A force de, on finit par croire que.
    C’est aussi ce dont souffrent certains mythomanes qui finissent par se convaincre eux-mêmes de leurs mensonges alors qu’ils savent au départ que c’est faux. Mais à force..

    9- la personne qui a l’air le moins louche, la plus honnête, la plus équilibrée c’est bien Solando, celle rencontré dans la grotte. Je ne vois rien qui pourrait expliquer que cette seule scène soit la plus spontanée et franche à part que c’est le seul moment où la vérité éclaté.
    D’autant qu’elle parle en termes scientifiques avec une analyse rationnelle.

    10- lorsque Teddy annonce au directeur qu’il va repartir avec son coéquipier, étonnamment, le directeur n’est plus aussi « neutre » et pretend même que Teddy est venu seul alors qu’à la fin dans le phare il avoue que Chuck, présent, a bien fait semblant d’être son coéquipier.
    Ça n’a aucun sens à cet instant de feindre L’EXISTENCE d’une personne physique (et non d’un statut lié à cette personne : son coéquipier ou son Psy) à part vouloir rendre fou la personne en face..
    Quand vous êtes le seul à croire qq chose et que tout le monde vous dit l’inverse, vous finissez par croire, instinctivement, qu’ils ont raison car la majorité l’emporte.
    Tout le monde nous dit qu’on a marché sur la lune, donc pour vous, c’est vrai. En réalité, qu’en savez vous vous personnellement ?
    (je ne dis pas qu’on y est pas allé pour autant ^^)

    11- les histoires avec les anagrammes ont pu être découvertes par le personnel de l’asile, une coïncidence, et mises en évidence dans le seul but de faire croire à Teddy que c’est lui-même qui avait inventé cette histoire puisque ça paraissait trop gros pour être une coïncidence.
    Mais parfois, des coïncidences sont juste des coïncidences.

    Vous êtes blond.
    Un gamin blond arrive et pretend être votre fils.
    Il sort de nulle part.
    On vous sort « attend.. Il est blond comme toi et il a les mêmes passions que toi à ton âge..! Ça ne peut pas être une coïncidence »
    Test adn : ce n’est pas votre fils.
    Résultat : on s’est servi d’une coïncidence découverte à posteriori d’un fait (paternité ici) pour vous faire croire qu’il était vrai… 😉

    12 – dernier point, que vous taisez dans votre analyse je ne sais pourquoi, lorsque Teddy sort sa phrase phare :
    « que vaut il mieux ? Vivre en monstre ou mourir en homme de bien ? »
    Chuck, Sheehan, l’air attristé, interpelle Di Caprio par son prénom… À savoir….. « Teddy.. »

    En réalité, Teddy sait qu’il ne sortira jamais de l’asile, le personnel a réussi à le faire passer pour fou aux yeux de l’opinion publique, comme le disait Solando dans la frotte « vos protestations légitimes seront vues comme du déni ».
    Il préfère donc mourir, être lobotomisé, en clamant la vérité : je suis le Marshall Teddy / « tirons nous de ce caillou chuck », bref en sachant qu’il est qqn de bien dont la femme est morte des mains d’un autre
    plutôt que d’echapper à la lobotomie, donc continuer à vivre, impliquant alors de « reconnaître » qu’il est un monstre, un assassin.

    Chuck, en se rapprochant de Teddy, voulant protéger le secret de l’asile, les expériences atroces, s’est pris d’affection pour lui.
    Et en tant que Psy, il lui est quand même difficile de voir un homme SAIN d’esprit, être assassiné (lobotomisé) par sa faute.
    Il aurait préféré que la machination ait fonctionné, il culpabilise donc.

    Tadaaam !

  6. Ines Baalouche 26 novembre, 2018 at 11:05

    Bonjour Delphine,

    Merci pour votre analyse et le temps que vous y avez consacré en déroulant tous ces points. C’est assez drôle car je parle, en début d’article, de plusieurs visions possibles bien entendu, et même de plusieurs ressentis possible en visionnant le film une ou plusieurs fois.

    C’est très simple, j’ai pensé comme vous lors de mon premier visionnage : que Teddy n’est pas fou, qu’il s’est fait piéger et qu’il a joué le jeu jusqu’à la fin pour prouver qu’il savait tout et qu’il en assumait les conséquences. Et cette fin me parait encore possible à vrai dire, mais à force de décortiquer trop longtemps les raisons du pourquoi, j’ai fini, à un moment, par me persuade que la fin la moins évidente était celle où on le croyait fou car tout le monde voudrait qu’il ne le soit pas et on s’en on persuade.

    A force de me dire que la folie était le moyen pour le réalisateur de nous faire croire que nous l’emportions sur la pensée commune, je me suis (re) persuadé (!) que plus on se rapprochait de ce qu’il nous montrait, plus on avait raison de le voir tel quel finalement… !

    Bref, je pense, de toute façon, que les deux suppositions sont possibles, peut être même qu’elles sont intriquées l’une dans l’autre, d’où un manque d’éléments visible des deux côtés de l’analyse. Si le film pousse à tant de questionnements, cela reste une forme de victoire narrative finalement !

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