#Venise2017 The shape Of Water de Guillermo Del Toro

Guillermo Del Toro, qui a plutôt déçu avec ses derniers opus Pacific Rim et Crimson Peak, voit son nouveau film, The Shape Of Water, sélectionné en compétition officielle de la 74e Mostra de Venise. Un gage de qualité, quelques année après avoir ébloui le Festival de Cannes avec Le Labyrinthe de Pan ?

Synopsis

Durant la Guerre froide, en 1963. Elisa, muette, travaille dans un laboratoire dans lequel est retenu prisonnier un homme amphibien. La jeune manutentionnaire tombe alors amoureuse de la créature. Avec l’aide de son voisin, elle décide de le libérer. Elle ignore cependant que le monde extérieur pourra être aussi dangereux pour lui.

Guillermo Del Toro signe l'un de ses plus beaux films

Pour tous ces films, Guillermo Del Toro nous offre une esthétique travaillée, mais pas toujours nécessaire ou au service du propos. Dans Crimson Peak, le beau prenait parfois l'ascendant sur l'essentiel, sur la narration sur les émotions... Il est revenu à plus d'équilibre avec The Shape Of Water.

Le cinéaste n'a pas abandonné son ambition visuelle, bien au contraire. The Shape Of Water est très bon. La photographie, les décors, le design de la créature, tout est réussi. Si on voulait chipoter un petit peu on dirait même qu'il y a encore un peu trop de mouvements de caméra, parfois ou un simple plan fixe serait suffisant. Mais contrairement au film précédemment cité, on a jamais l'impression que la caméra est là pour montrer le travail de création artistique, mais toujours pour servir l'intrigue et les personnages.

Comme Tim Burton il y a bien longtemps, Guillermo Del Toro s'intéresse aux monstres. Mieux que ça, il les aime. Dans ses films, on ne sait pas toujours très bien qui est le monstre entre la créature et l'humain. Cet aspect est omniprésent dans The Shape Of Water. Sa créature ne reste pas effrayante plus de deux minutes. Au contraire, c'est elle qui a effrayée et torturée par l'ignoble Strickland. La relation développée entre Elisa, femme muette et chargée de de nettoyer les toilettes du laboratoire, et la créature peut déjà être considérée comme une des plus belles histoires d'amour de ces dernières années. Pourtant, le réalisateur n'accorde que quelques scènes à leur connexion précédent l'évasion. Il fait avancer l'intrigue, confronte Elisa à Strickland et au monde, nous fait rire par l'intermédiaire de l'actrice Octavia Spencer, excellente dans son rôle de complice et collègue bienveillante.

Et pourtant, la poésie s'installe progressivement, au détour de quelques petites séquences, et surtout de la construction d'un personnage incroyable fort avec Elisa. Sally Hawkins ne parle pas, mais elle transmet une volonté et un charme incroyable à son personnage. On adhère systématiquement à ses actions. On pourrait le trouver étrange. On sent dès le début qu'elle est différente. Et pourtant, on s'identifie de suite, on l'aime, et on est heureux lorsque l'histoire d'amour se concrétise...

Divertissant et très plaisant

Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Son voisin (Richard Jenkins) va aider Elisa dans sa quête. Homosexuel à une époque ou cela n'est pas bien vu, dessinateur publicitaire à une époque ou tout le monde veut des photos et témoin des injustices dont sont victimes les gens de couleur en ville, il va vite se raviser sur la créature. Comme nous, il ne va plus la voir comme un monstre, mais simplement comme un être différent, et comme nous, il ne sera pas choqué, pas même surpris, lorsqu'il verra Elisa et la créature ensemble. Enfin, on peut pas parler des personnages sans s'attarder sur Strickland. Michael Shannon est un très bon acteur. Guillermo Del Toro semble même vouloir apporter une certaine humanité à son personnage, très discrètement, tout au long du film. Mais on peut s'empêcher de le trouver diabolique. Shannon est vraiment excellent et impitoyable jusqu'au bout.

Au final, Guillermo Del Toro signe un divertissant très plaisant et très bien fait. Surtout, il semble faire le film tel qu'il le souhaite, sans contraintes, en s'accordant un peu de gore quand il le souhaite, sans peur de choquer. Il nous propose une oeuvre d'une grande poésie, envoutante de la première à la dernière minute.

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