Annecy 2020: Ginger’s tale de Konstantin Scherkin (Russie)

Personne n'est infaillible

L'acquisition de la pierre de feu par Potter met en exergue l'obsession négative que peut entraîner l'avidité. En effet, quand la Reine avait la pierre, il était moins choquant de la voir méchante car elle a toujours été présentée ainsi. À la différence de la reine, Potter émeut le spectateur par sa tendresse et les complexes qui le hantent: son comportement devient presque excusable. C'est le personnage parfait pour montrer à quel point la rancoeur ou la jalousie, même inconsciente, peuvent ronger un individu et ses relations jusqu'à la haine et la solitude.

La haine blesse celui qui hait, et non le haï.

Gandhi

La pierre de feu n'est là que pour révéler quelque chose d'enfoui: elle fait tourner la tête de l'homme qui n'est pas claire avec lui-même. Potter est gentil mais jaloux de la réussite de ceux qui l'entourent car ils lui font remarquer son "manque de talent". La pierre exacerbera cette faiblesse en le rendant cruel avec ses amis.

Le leurre de l'amour intéressé

La pierre met aussi en exergue la fausseté de certaines relations humaines. La convoitise de la reine vis-à-vis de cette dernière la pousse à demander Potter en mariage. Elle est prête à tout pour la récupérer et surtout pour atteindre le stade de l'or qu'elle n'a jamais atteint seul. Métal plus durable et plus précieux, il lui garantirait une jeunesse et une richesse éternelle. Cette femme est vaniteuse et avide de pouvoir. Potter se laisse endormir par ces déclarations car il est sorti de son monde et ses amis ne lui suffisent plus. La reine lui dit ce qu'il souhaite entendre et l'avarice fait le reste.

De surcroît, il est important de souligner que, comme dans beaucoup d'autres oeuvres, le pouvoir est assimiler au jeune âge et à la richesse. Par la pierre de feu, le spectre d'une immortalité humaine refait donc surface.

Ginger: héroïne ou anti-héroïne?

Ginger, personnage éponyme de l'histoire, est une héroïne joyeuse et qui donne de la force. Mais, comme dans Murder in the Cathedral, elle ne parvient pas à faire ses miracles sans quelques dommages collatéraux. Ainsi, tout au long du film, elle est toujours en première ligne pour sauver son village mais crée systématiquement un autre accident. Les villageois passent donc de l'encouragement à la colère. Cette ambivalence est intéressante car elle montre à quel point on aime les héros seulement s'ils réussissent pleinement leur mission. Ils n'ont pas le droit d'être faillible ou de faire des erreurs: le héros sauve sans faire de dommages. Pour autant, elle est la seule à être efficace face aux divers incidents. C'est aussi elle qui parviendra à détruire la pierre de feu car elle est l'âme pure du village et qu'elle ne se laisse pas abuser par les fantasmes de l'argent.

Pour voir les références qui ont inspiré le film, c'est par ici!

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