La La Land : analyse et explication de la fin du film

Références et influences

Quand un film rend hommage à un genre, joue avec un aspect retro, très souvent, il est hyper référencé. Nous avons d'ailleurs déjà cité la plupart des références précédemment.

L'âge d'or du cinéma américain, celui de Singin' in the rain, de Casablanca, de Vacances Romaines est clairement une source d'inspiration majeure. Les deux personnages principaux, avant de tomber amoureux, commencent par se chamailler, se disputer, c'est typique de cette période.

casablanca-cafe

Le nom du club, le Seb's, renvoie forcément à Casablanca et le Rick's Cafe. Si on ne retrouve pas le même type d'ambiance que dans ce film, on retrouve également un amour contrarié, une passion qui doit laisser la place à des enjeux "plus importants". Surtout, le personnage de Sebastian a beaucoup du Rick de Casablanca. Une fois qu'il a son café, il est seul et ne reconstruit pas sentimentalement. L'échange de regard et de sourire final fait également écho à la phrase mythique "We'll always have Paris" de Rick, acceptant le départ d'Ilsa, les deux sachant que leur histoire d'amour restera éternellement dans leurs coeurs.

Le couple à l’épreuve de la carrière et du succès, cela rappelle aussi un film plus récent, The artist, qui déjà, rendait hommage à cet âge d'or d'Hollywood. C'est aussi clairement le thème du célèbre New York New York de Martin Scorsese où face à leurs carrières, Francine et Jimmy feront le choix de se séparer, l'un pour se lancer dans la chanson et la comédie musicale, l'autre pour...ouvrir un club de jazz !

Enfin, Jacques Demy est une référence évidente. Le génie français de la comédie musicale, qui a, rappelons-le aux plus jeunes, décroché la Palme d'Or avec Les parapluies de Cherbourg, continue encore à éblouir et influencer les cinéastes d'aujourd'hui. De nombreux clins d'oeil aux films du réalisateur  (Les parapluies, mais aussi Les demoiselles de Rochefort) apparaissent dans le film, notamment un parapluie, un magasin de parapluies, l'utilisation des saisons et bien sûr les murs de la ville comme accessoire coloré. Je vais essayer de ne pas trop en reveler sur les deux films mais cela contient quand même quelques spoilers.

Les parapluies de Cherbourg est un drame. c'est triste. C'est une vision fataliste de l'amour de jeunesse, de la passion détruits par la société de l'époque. Le final de La La Land, est en apparence très similaire mais revisité. Damien Chazelle refuse le drame total, il choisit la fin douce amère, l'acceptation des choses.

Les demoiselles de Rochefort est en apparence beaucoup plus joyeux, dansé... mais quelques moments d'amour contrariés sont bien présents, des petites touches de mélancolie, notamment à la fin du film, qui est très ouverte. En fait, sur la forme, La La Land emprunte plus au demoiselles, mais sur le fond, il doit surtout aux Parapluies, qui aurait remis au gout du jour, sans forcément être aussi novateur, sur le fond, que certains veulent bien le dire.

Le film rappelle aussi beaucoup une comédie musicale beaucoup plus récente, moderne et contestée que ces classiques à qui il rend hommage : Les misérables de Tom Hooper, un film injustement boudé et déjà terriblement moderne et novateur sur la forme, malgré le fait qu'il s'agisse d'une adaptation. Déjà, on percevait les faiblesses des interprètes des chansons. On pense à Russel Crowe, pas forcément grand chanteur et très critiqué à la sortie du film, dont la voix avait pourtant une fragilité qui lui donnait une aura toute particulière. On pense aussi à ce choix (très critiqué) d’enregistrer les voix sur le tournage, belle preuve de modernité. Surtout, on pense à la séquence d’Anne Hathaway, bouleversante, pas si différente que la dernière audition d’Emma Stone, justement enregistrée sur le tournage. Bouder un film en 2012 et en encenser un autre 4 ans plus tard pour les mêmes idées, c'est bien l'un des paradoxes d'Hollywood et des critiques.

Bon, j'ai le sentiment d'avoir déjà dit beaucoup, et de m'être quelques fois un peu répété. La La Land est un film quasi parfait sur la forme, un poil moins abouti sur le fond, mais qui a quand même tout pour séduire les fans du genre, et qui, grâce à un peu d'audace, une mise en scène exceptionnelle, des acteurs bourrés de talents et un final très réussi, touche un public bien plus large. Et c'est mérité, n'en déplaise aux grincheux... (il y a bien des gens qui n'aiment pas les films de Michael Bay!!!)

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13 comments

  1. Aristide Besnard 26 mars, 2017 at 19:36

    Jai regardé le film au cinema hier soir et cette fin ma frustré mais vos explications sont bien et effectivement ça casse la routine des fin ils vecurent heureux…

  2. baztango 20 avril, 2017 at 15:48

    Les meilleures fins sont effectivement celles qui ouvrent la porte à un (re)commencement, et d’aucuns pourraient imaginer quelques retrouvailles à venir en catimini, même platoniques. La vie est au fond une valse aléatoire à quatre temps (saisons), où les individus sont des fétus baladés qui se battent, composent et improvisent indéfiniment telles des notes de jazz universelles.

  3. Stan. 5 août, 2017 at 17:23

    Excellent article Christophe, mais à la fin, c’est elle qui rêve (et pas du tout lui), car il y a des scènes que seule elle a vu (quand elle quitte son bébé pour aller diner, quand elle est dans sa voiture avec son mari,…). C’est elle qui a des regrets je pense. ou je me trompe ? Encore bravo. Stan.

  4. Phurga 26 août, 2017 at 23:48

    Pour moi la scène finale de ce film est une catharsis. C’est une manière de vivre une histoire, voire toute une vie, le temps d’une chanson. Il devient alors possible de supporter la réalité, dure et pleine de choix, qui ne ressemble pas à une comédie musicale.

  5. Nadia 5 mars, 2018 at 16:36

    Cet article est juste sublime ! Je suis on ne peut plus enchantée d’être tombée dessus… vos mots ont bien su mettre la lumiere sur les maux dont il est question dans ce film. Vous avez fait un excellent travail en résumant autant sur cette page. Magique.
    Un vrai régal, je vous en remercie !

  6. Christane 6 octobre, 2018 at 00:07

    Merci pour votre analyse du film. Vraiment intéressante et très fine. Mais je trouve qu’il manque quelque chose. A la fin du film, leurs regards qui se croisent expriment plusieurs choses : leurs regrets quant à leur amour qui n’a pas survécu, leur bonheur de voir que l’autre est heureux et a réalisé ses rêves et un peu autre chose concernant Sébastian. Dans le film, on voit surtout Sebastian aidant Mia. Mais n’oublions pas que le succès du club de Sebastian vient du fait qu’il ait suivi les conseils de Mia : pas de poulet, et un nom court avec une note à la place de l’apostrophe. Je trouve que le film est un peu injuste envers Mia : on voit surtout combien Sebastian l’a aidée, on ne réalise pas à la première lecture combien elle l’a aidé. Et on oublie la raison pour laquelle il l’a aidée. Je pense que la fin idéale du film se passe dans la tête de Sebastian. Un indice : alors que leur histoire était dans une belle phase de construction, il avait reconnu qu’il avait été vraiment rude avec elle lorsqu’elle l’avait entendu jouer dans le bar où il avait été licencié. Cette culpabilité l’a envahi durant toute leur relation et lorsqu’il n’a pu être là lors de sa première au théâtre, il a voulu se racheter en l’aidant. Cette fin idyllique exprime ce qu’il sait qu’il n’aurait pas réussi à faire : il aurait voulu aimé vivre cette vie de famille avec elle, mais il ne se sent pas capable, comme vous l’avez écrit, de vivre parallèlement sa passion pour la musique et une vie familiale heureuse. Il préfère se réfugier dans ses rêves de vie idyllique, comme le font tant de gens. C’est pour cette raison qu’il avait cette longue hésitation avant de relever la tête et de la regarder en face et de la laisser partir avec un autre.

  7. Paige 25 mars, 2019 at 09:33

    “Ils sont plus individualistes, sceptiques vis à vis du mariage et de L’AMOUR ETERNEL, en quête de repères et d’un idéal qui, encore une fois, N’EXISTE PAS.”
    Ça vous n’en savez rien alors vous n’avez pas à l’affirmer comme ça

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