Old Boy : explications de la fin du film de Park Chan-Wook

Une réalisation qui remue les codes du cinéma

Après avoir enfermé son protagoniste pendant quinze ans sans qu’il ne sache pourquoi, ce début de film nous expose, sans aucun filtre ni aucune explication directe, à une prenante scène d’action. Nous sommes introduits à Oh Dae-Su, le personnage principal, se tenant en haut d’un toit et agrippant un homme par la cravate, sur le point de tomber du haut du toit. Celui-ci est hors de lui et terrifié.

Une scène d’introduction assez particulière : Après plusieurs années d’enfermement, Oh Dae Su se réveille en haut d’un toit, à l’intérieur d’une valise. Le plan est étrange et peu clair, mais nous comprenons tout de même que Oh Dae Su est enfin libre. Le film commence ainsi sur une scène quelque peu étrange mais intense à la fois. Oh Dae Su est témoin d’un moment où un homme désespéré est sur le point de se donner la mort. Cette image désespérée et désespérante est ainsi la première à laquelle il assiste après 15 ans d’enfermement. Que déduire de ce postulat ?

Commençons par décrire la situation : le fait que le film commence avec cette scène particulière n’est pas anodin et énonce/annonce un message fort. Oh Dae Sue ne laisse pas l’homme se suicider mais n’essaie pas de l’en empêcher non plus. Ce qu’il souhaite par-dessus tout, c’est lui raconter son histoire. « Laisse-moi te raconter mon histoire d’abord », aucune prise de pitié face une une situation délicate. Il retient l’homme et lui raconte ainsi son histoire.

Des plans riches et porteurs de sens: le film regorge de plans calculés au millimètre grâce à une mise en scène riche et fascinante.

Lee Woo Jin raconte toute son histoire à Oh Dae Su sur le suicide de sa soeur

Un complexe d’œdipe “à la coréenne”

Dans la mythologie Grecque

C’est par le biais de la mythologie grecque que nous entendons parler du personnage d’Oedipe pour la première fois. Tiré d’une tragédie de Sophocle, le mythe d’Oedipe est un des plus porteur de sens de tous. A cause d’une prédiction morose d’un oracle, stipulant qu’il “tuerai son père et épouserait sa mère”, Oedipe est abandonné dès la naissance par ses parents.

Lorsqu’il atteint enfin l’âge adulte, Oedipe se décide à quitter sa famille d’adoption pour vivre de nouvelles aventures. Malheureusement, il fait rencontre un homme sur son chemin, du nom de Laios, avec qui il se querelle violemment. Il finit par le tuer. Laios est bel et bien son père, ce qu’il ne sait toujours pas. Il finit ainsi par s’installer chez ce dernier et épouse sa femme. Celle ci est donc sa mère. Lorsqu’Œdipe découvre ce qu’il a fait, il se crève les yeux…

Dans les formes

C’est Freud qui, le premier, parle d’un complexe d’Œdipe. Ce complexe met en avant l’existence d’une sexualité enfantine par le biais d’un phénomène psychique et hormonal qui touche les jeunes enfants (entre 2 et 6 ans environ) dans leur relation avec leurs parents.

Oh Dae Su sourit dans les bras de sa fille, fin du film

 

La fin du film: est particulièrement perturbante car elle nous révèle à un Oh Dae Su fragile et, par dessus tout, muet ! Il retrouve sa fille et l’enlace chaudement. A noter que celle-ci n’a absolument aucune idée que Oh Dae Su est en réalité son père. Seulement, les spectateurs savent maintenant tout. Ce qui rend la scène particulièrement gênante. Oh Dae Su se met à pleurer, et nous ne savons pas si ce sont des larmes de joie, ou de désespoir car, à ce stade du film, il est censé d’être fait hypnotisé une deuxième fois afin d’oublier l’inceste qu’il a commis avec sa fille. La scène est recouverte d’une ironie vibrante et malaisante et nous ne pouvons qu’espérer qu’Oh Dae Su ait réellement tout oublié pour combler ce malaise.

Le trailer de ce film choc:

https://www.youtube.com/watch?v=etzlHURXTqw

Pour toutes les raisons énoncées par le biais de cette analyse, Oldboy est et restera un film culte. Park Chan Wook fait un travail d’analyse sociétal proche du chef d’oeuvre et nous expose la dure réalité de la vision d’autrui en société. Comment un regard peut entraîner un tel retranchement sur soi-même, au point de s’oublier et d’en oublier les autres. Comment le matraquage à des émissions de télévision peut amener à reproduire un tel mimétisme qu’il en devient une cause d’oubli de soi et de robotisation de l’âme. Comment l’accomplissement d’une vengeance tant préparée ne suffit, en fait pas, à être épanoui. Et enfin, comment l’acceptation d’une certaine soumission sociétale par le biais d’une hypnotisation à moitié assumée est en réalité plus acceptable qu’une vérité trop douloureuse. Toutes ces problématiques sont au cœur de qui fait le succès et la qualité d’un film comme Oldboy, qui ne se veut pas du tout prétentieux.

Du cinéma coréen digne de ce nom, mêlant déroute psychologique et déviation des regards sur les traitements physiques. Un “must-see” à ajouter à sa liste !

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