Jonathan de Bill Oliver: l'analyse (psychologique) du film

Celui que vous croyez (SPOIL)

Le faux personnage principal

Le film est basé uniquement sur les moments de conscience de Jonathan (personnage éponyme). John, lui, n'est suivi que par les vidéos que son frère regarde chaque matin en se levant. Ce point de vue, qui laisse une place plus grande à Jonathan, le rend plus important à nos yeux. Il est l'homme du jour, celui qui est ordonné et cartésien. Il est aussi celui qui se sacrifie pour son frère tant professionnellement qu'amoureusement. Son perfectionnisme et les règles qu'il s'impose, rendent impossibles une quelconque anticipation sur le retournement final.

L'annonce de la "mort progressive" de Jonathan renverse le rapport entre les deux frères. En opposition à ce qu'on croyait, ce n'est pas John qui se laisse mourir mais Jonathan. Le personnage qui nous semblait donc le plus stable n'est au fond qu'une coquille vide qui s'inspire de l'autre. Des indices sont, pourtant, laissés tout au long du film pour annoncer ce retournement.

L'inversion des rapports

Le premier indice est purement vestimentaire. Jonathan porte souvent des pulls ou des chemises bicolores. Là où son frère s'habille de façon assez commune, son style vestimentaire à lui peut parfois attirer l'oeil. De plus, Jonathan s'habille et se coiffe de façon très stricte (chemise et raie sur le côté), en opposition à John qui se laisse vivre avec ses cheveux en bataille.

Jonathan qui découvre son bureau saccagé par John pendant la nuit

Cette rigueur nous amène au deuxième indice: Jonathan a besoin d'un cadre pour exister. L'organisation millimétrée de son quotidien avec la répétition d'activités identiques lui permet de ne pas se poser de questions. Son activité d'architecte est aussi emblématique de cette construction artificielle d'une identité vide. Comme l'indique la docteur Narimann, il vit beaucoup moins intensément que son frère. John, lui, exprime pleinement ses émotions, qu'elles soient heureuses ou non. Si Jonathan ne fait que vivre (métro, boulot, dodo), John existe pleinement et parvient même à aimer. L'instauration de règles par Jonathan et le fait qu'il oblige son frère à rompre avec Elena expose son incapacité à vivre pleinement et sa peur de perdre son frère. Il est tellement focalisé sur leurs règles de vie, qu'il s'oublie lui-même pour sa relation à John.

Jonathan avec Elena

Son envie vis-à-vis de l'existence de son frère est un troisième indice. Même s'il dégage une certaine confiance en lui-même, Jonathan a toujours admiré son frère et ses amantes. Si ce désir peut être vu comme la conséquence de vivre dans un seul et même corps, il ressemble plutôt à de la jalousie. Jalousie par peur d'être oublié ou remplacé mais aussi par frustration de ne pas être aimé. Jonathan, même s'il vit dans la lumière, ne vit au fond que dans l'ombre de son frère. Son amour pour Elena n'est que la preuve de ce paradoxe qui le torture.

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