I am mother : explications de la fin du film Netflix

I am Mother est un film de science fiction sorti sur Netflix le 07 juin 2019. Le scénario a été pendant des années sur la fameuse "Black List" d'Hollywood, celle regroupant les meilleurs scénarios pas encore produits. Réalisé par Grant Sputore, le film bénéficie d'un casting talentueux avec la jeune Clara Rugaard-Larsen, Hilary Swank et même Rose Byrne pour la voix du robot "Mother" / Mère.

Synopsis
Afin d'éviter l'extinction des êtres humains, un robot "La Mère" a été désigné afin de les éduquer. Une femme va mettre en péril ce nouvel équilibre.

Ce dossier est bien sûr garanti 100% Spoilers sur le film, les différents rebondissements et la fin.

Première partie (ci-dessous) : Analyse du film
Deuxième partie : La philosophie du film
Troisième partie : Explications de la fin

Que se passe-t-il lorsqu'une 'intelligence artificielle se rebelle et détruit l'humanité, uniquement pour repeupler la planète à son image ?

Le concept de "La singularité" - une réalité dans laquelle l'intelligence artificielle dépasse de loin l'intellect et le pouvoir de l'humanité - n'est pas nouveau. Nous avons vu des tonnes d'oeuvres sur cette idée, allant de classiques comme 2001: l'odyssée de l'espace et Blade Runner, Terminator, ou plus récemment des séries comme Black Mirror et Westworld.

Mais le traitement est assez différent dans I Am Mother, plus humain, et c'est peut être aussi parce qu'il ne met que des personnages féminins en avant. L'intrigue suit une jeune fille et un robot isolé dans un bunker souterrain. D'après le robot "Mère" le monde en surface est toxique et il est impossible d'y survivre.

Au fur et à mesure que la fille grandit, Mère lui donne des leçons sur la nature humaine et la philosophie, en posant de nobles valeurs d'honneur et de sacrifice dans l'esprit de la jeune femme. Mais alors que la fille / "Daughter" commence à exprimer sa curiosité pour le monde en dehors de cet abri antiatomique glorifié, posant de plus grandes questions sur son identité et sur son identité, une étrange femme blessée par balle apparaît à la porte du bunker. De quoi remettre en cause tout l'enseignement de Mère et les acquis de la jeune fille.

Le film bénéficie de beaux moyens, mais ce n'est pas un blockbuster, et clairement, les émotions et les interactions entre les personnages est privilégiée à l'action pure. Les plans extérieurs bénéficient d'une esthétique loin d'être désagréable, mais c'est un plus, pas le coeur du film. La majorité de I Am Mother se déroule dans un seul décor. Le casting restraint (seulement trois actrices), ainsi que la nature peu encombrante et généralement claustrophobe du décor du film, donnent au film une ambiance parfois anxiogène, mais aussi douce et calme lorsqu'il le faut.

L'histoire est engageante, avec une tension constante, qui se construit progressivement tout au long des deux heures tout en maintenant une cohésion à peu près cohérente dans le récit, même si quelques situations, sans être complètement incohérentes, manquent de crédibilité et de finesse.

Il s'agit d'un récit futuriste assez classique de destruction du monde et de recolonisation ultérieure par une espèce de robot, mais les questions explorées dans I Am Mother vont au-delà de cette réalité et la fin soulève pas mal de questions, laisse beaucoup d'ouverture et de théories possibles, comme nous le verrons plus loin.

La jeune fille finit par apprendre que sa mère lui cache des choses. Le robot l'a peut-être mise au monde, l’a élevée, l'a protégée mais il est révélé dans le film que Mère est une conscience plus large que le simple robot. C'est une intelligence artificielle qui contrôle tous les robots.

Se rebellant contre son propre parent robotique, la jeune fille suit finalement la femme blessée et sort du bunker vivante. Mais l'environnement apocalyptique qui les attend dehors ne lui offre aucun répit. Et quand elle apprend que cet étrangère lui a également menti à propos de l'état de l'humanité, qu'elles sont tous seules dans ce monde post-apocalyptique, il ne faut lui pas longtemps pour rebrousser chemin et retrouver son petit frère.

En fin de compte, la jeune fille choisit le bunker rassurant, son foyer, plutôt que le monde extérieur. La mère lui permet de détruire son corps de robot, donnant à la jeune fille une émancipation qui lui permettra d'avancer. La jeune fille devient la mère et il lui incombe de surveiller les milliers d'embryons qui attendent leur tour pour naître. Elle devra faire ses propres choix pour l'humanité, basée sur son éducation, mais aussi son instinct et son libre arbitre. A moins que Mère, qui est toujours à l'extérieur, ne se décide à intervenir de nouveau...

Page suivante : les aspects philosophiques du film

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32 comments

  1. Yves 12 juin, 2019 at 00:16

    Felicitation pour l’analyse. Avec votre article on dépasse le stade de la consommation pour faire un pas vers la digestion. Merci

  2. Prun 13 juin, 2019 at 00:52

    Sympa le spoil sur GOT sans prévenir !!!!! Je viens lire une critique d’un film que je viens de voir et je fais spoiler une série qui a rien a voir !!!

  3. Nanny 13 juin, 2019 at 21:54

    J’ai adorée cette article ! Merci beaucoup ( même si la petite pique sur Daenerys ne m’a pas plus Ahaha j’adore ce perso )

  4. blast 13 juin, 2019 at 22:57

    Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi la fille tue le robot ? Elle sait bien que ça ne sert à rien, puisque le robot (“Mère”) lui dit juste avant que son programme se situe dans toutes les machines.

    Donc la fille devrait savoir qu’elle ne tue pas le robot. De plus, j’imagine mal le robot (ou l’IA, puisqu’en fait elle est dans n’importe quel robot) laisser la fille éduquer les enfants comme elle l’entend. Puisque l’IA a sacrifié toute l’humanité pour élever un race humaine supérieure, j’ai du mal à comprendre que cette même IA laisse la fille s’occuper désormais de l’humanité…

    Et j’ai du mal à croire que la fille soit assez bête pour croire que sa mère la laisse élever l’humanité…

    Bref, la fin a un gros problème je trouve.

  5. blast 13 juin, 2019 at 23:06

    Je n’avais pas lu la page sur la philosophie, maintenant que c’est fait, j’y réponds.

    Alors oui, il y a Kant, déontologue, et Bentham, utilitariste. Mais la réponse de la fille est une 3ème voie, qui est certes conséquentialiste, comme Bentham, mais en quelque sorte conséquentialiste contre Bentham : la fille pense à un degré de conséquence de plus.

    Elle dit : si je sauve les cinq personnes et qu’elles sont fainéantes, méchantes, meurtrières ? Cela veut dire qu’elle ne considère pas seulement la conséquence de son action (sauver la vie de 5 personnes), mais la conséquence de la conséquence… Et c’est le principal argument que l’on peut opposer aux conséquentialistes : si je sauve un enfant de la noyade, c’est bien, mais si cet enfant devient meurtrier, c’est mal, mais si ce meurtrier tue Hitler, c’est bien, etc. En fait, ça ne s’arrête jamais : on ne peut jamais mesurer les conséquences de nos actions.

  6. yop81 14 juin, 2019 at 10:56

    vous avez raté un élément essentiel du film, l’action se déroule 13 867 j après l extinction soit environ 38 ans. il est donc clair que fille n’est que l xeme tentative de mere de recreer l’humanité qui ont toutes échoués (d’ou l’importance des examens pendant tout le film). La fin du film nous fait comprendre que l’étrangère est également une des filles de “mere” voire même sa première tentative, et que visiblement elle était le dernier test de “fille” avant son émancipation. <l'éclairage de ce fait nous fait comprendre pourquoi par exemple elle dit " ils brulent les bébés" et le dessin du jeune garçon n'est autre que son frere qu'elle tient dans ses bras.

  7. Mowgli 14 juin, 2019 at 17:58

    Je viens de finir le film et je confirme que ça n’a rien d’action dans le genre mais en revanche c’est remplis de moralités et j’ai adoré !

    J’avoue qu’à la fin en réalité on s’aperçoit vite que la jeune fille restée dans le bunker avec son frère n’ai pas réellement émancipée puisque la ” mère ” est toujours dehors et elle tue même la femme qui était venue chercher refuge dans le bunker.

    Cette femme et sans aucuns doutes l’un des embryons du bunker puisqu’elle ne se souvient pas de sa mère et le robot lui fait comprendre que si elle a survécu tout ce temps c’est que c’était grâce à lui..

    Du coup je penses que tout les futurs embryons que la jeune femme élèvera seront tuez par la ” mère ” une fois qu’ils seront sortis dehors puisque ceux-ci n’auront pas eu l’éducation du robot mais de la petite fille et par conséquent ça ne sera pas l’idéal pour le robot ..

    Si le robot tue la femme sur la plage c’est qu’il a encore des ” pensés ” sur sa perfection de l’humain. Du coup la petite dans le bunker je penses que c’est vraiment une exception ^^

  8. Jenni 18 juin, 2019 at 01:06

    Ce film est super Et bien joué par ces deux actrices ( l’humain d’avant égoïste ,violent ,..et le nouveau pacifique ,intelligent.. ) il nous fait réfléchir aux conséquences de nos actes sur notre planète On croit au debut Que cette mère robot eSt méchante mais c’est nous les humains qui avons détruit la planète (pluS de plantes ,famine,…) Elle a suremment été missionnée par des scientifiques avant que tout lmonde meurt pour sauver la terre et la race humaine

  9. Jihell 21 juin, 2019 at 22:07

    Manque un gros détail, le film commence à extinction +1j avec l’incubation du bébé apx01 sous un bombardement, l’histoire elle commence à extinction + 13867 j soit… 38ans

    En partant du postulat que l’apocalypse a eu lieu dans un futur proche, Hilary Swank qui a vu l’émission avec Whoopi Goldberg de 1987 « il y a bien longtemps » soit une émission de plus de 30 ans à l’heure actuelle et de plus 70 ans avec ce postulat dans le film, qui a une sa survie miraculeuse et fait bien les 38 ans(44 en vrai)… on peut déduire qu’elle est apx01.

    En tout cas quand j’ai vu j+13867, et la sachant au casting, me suis de suite dit qu’Hilary Swank était bébé éprouvette numéro un

  10. Guillaume 25 juin, 2019 at 00:11

    J’ai voulu laisser un commentaire… Mais ta saleté de site s’amuse à rafraichir pour réafficher je ne sais pas quoi… et j’ai tout perdu…

  11. Guillaume 25 juin, 2019 at 00:14

    La fille est APX03. On voit quand elle fouille les archives que APX02 a été un échec, elle en retrouve la mâchoire de son cadavre. (on ne voit qu’un seul cadavre, pas deux.)
    Il reste donc APX01, dont on a aucune information. Mais à la fin, quand le robot annonce à la femme “tu ne te souviens pas de ta mère ?” affirme donc bien qu’elle était elle aussi un embryon (donc APX01)
    D’ailleurs, au tout début, on la voit mettre au monde APX01, lors de l’intro. Puis quand le film commence réellement, et qu’on voit la jeune fille telle qu’on la verra pendant tout le film, il s’est écroulé 13867 jours. Volontairement, on ne va pas compter en année quand on est en plein visionnage. Pourtant, ça fait bien 37 ans. Le film prend donc place 37 ans après avoir créé le premier embryon APX01
    Tout cela n’était donc qu’un stratagème pour amener APX03 à développer son envie de faire vivre l’espèce humaine coûte que coûte.
    Elle lance le processus final (quand elle fait naître son petit frère) justement juste après avoir “réussi” son test, où elle (je cite) s’est surpassée.
    C’est bien Mother du coup qui a tiré sur la femme au début, et l’a ainsi fait arriver jusqu’au centre.

  12. sultan 29 juin, 2019 at 16:25

    Merci pour cette analyse !

    J’ai regardais ce film, c’est très émouvant durant tout l’histoire et la fin intrigante. Je le conseil pour les gens qui ne l’on pas encore vu.

  13. Sultan 29 juin, 2019 at 16:28

    Merci pour cette analyse !

    J’ai regardé ce film, c’est très émouvant durant tout l’histoire et la fin intrigante. Je le conseil pour les gens qui ne l’on pas encore vu.

  14. Albert Einstein 1 janvier, 2020 at 00:01

    J’adore les “analyses” d’un film qui est très simple à comprendre et qui ne cache pas vraiment la fin vu la phrase dite par le robot qu’on revoit après avoir été “tué”. Vous êtes vraiment des génies les gars !

  15. yo 9 mars, 2020 at 04:22

    yo les gens pourquoi a la fin du film il y a un zoom sur le regard de la fille en mode elle a une idée mais quoi ? bref chelou le regard camera de fin ….sinon je crois que mother ne va pas tuer les future embrillon elever par sa fille . et pour le chien il est mort . bouffer par un requin il etais parti chasser du poisson a cotter et paf un requin .

  16. Tom 27 avril, 2020 at 17:29

    Ce n’est pas discutable ! Oui l’humain n’est pas parfait mais comme le film fait bien référence nous somme pas des robots .Sur terre il y a pleins de culture est c’est ce qui fait la beauté de l’humanité

  17. Toh 18 juin, 2020 at 00:58

    Vous oubliez en effet le chien, certainement tué par Fille pour ne pas qu’il entrave son retour, en aboyant. Pas un élément central du film, et qu’ils ont préféré laisser supposé plutôt que le montrer (ça évite le -12ans et renforce l’interprétation personnelle), qui permet d’appuyer l’enseignement et la ligne de conduite principale de Mère, à savoir être capable de sacrifier un individu pour le bien commun, ici que Fille aille prendre soin de ses frères et soeurs (encore embryons). Ca rend le film plus sombre encore, en nous montrant que le conditionnement que Fille a reçu a pleinement fonctionné, au point qu’elle soit capable de sacrifier un être attendrissant pour le bien de sa propre race, dont elle va aller prendre soin. Petite touche d’humanité tout de même : elle laisse un ersatz de chien en papier à l’Etrangère (la première version d’elle-même ; imparfaite), à l’image de tous ces animaux que mère a anéantis sur le globe, mais dont elle a pourtant laissé des copies en papier pour l’éducation de Fille, et qu’elle se sente moins seule.

  18. Toh 18 juin, 2020 at 01:13

    PS : et si cette interprétation ne vous plaît pas, à savoir le chien tué par Fille, il faut se rappeler qu’au minimum elle l’abandonne à son sort, à défaut de le tuer ; ce qui revient exactement au même si ce n’est que c’est moins percutant.

  19. Negaddar 18 juin, 2020 at 10:16

    Le chien est en vie.
    On le voit vivant à gauche de la plage à 1h29 du film, quand la fille de 38 ans cherche la jeune pour lui donner à manger.
    Elle ne tue pas le chien. ça aurait été n’importe quoi….

  20. Dave 9 juillet, 2020 at 23:32

    Très juste le chien bouge à 1H29.40 , mais c infinitésimal, à gauche du plan très large. J’aimais l’idée émise plus haut par TOH qu’elle ait tué le chien mais ça me paraissait peu vraisemblable. En tous les cas un bon film qui fait réfléchir avec talent.

  21. Amar 30 juillet, 2020 at 13:54

    Le seul sujet réaliste dont parle le film c’est le danger que peut représenter l’IA pour l’humanité. Même avec une programmation “tu veilles sur l’humanité”, cette IA est tellement plus puissante que l’Homme que finalement elle en fait ce qu’elle veut. Elle contrôle tout de l’humanité, à chaque instant.

    Dans tout le film, c’est une machine qui décide fermement de tout ce qui concerne l’humanité qui doit vivre, mourir et surtout ce que l’humanité doit être, selon le “programme” de l’IA.

    A la fin quand la fille s’oppose à l’IA pour sauver le petit garçon même s’il n’est pas parfait, c’est le seul moment où l’IA semble redonner à l’humanité le contrôle de son destin mais on voit ensuite que ce n’est pas du tout le cas et que le contrôle de l’IA sur l’humain va bien au delà de ce que l’on pensait car même les évènements imprévus, les personnages rebelles, etc… en fait n’existent même pas car eux aussi sous contrôle de l’IA.

  22. Hi Im Sheep 29 novembre, 2020 at 22:07

    Je n’avais pas tout compris avant de lire vos commentaires et en lisant on peut en sortir une théorie comme:

    -la femme est le premier embryon qui a été volontairement abandonné dehors et laisser en vie par Mère (elle a 37ans et le film se passe 37ans après l’extinction des hommes, fille n’a que 18-20ans) pour tester l’humanité de Fille (du 2eme mais qui a été un échec, donc du 3eme: Fille): aller-t-elle abandonner son frère ?

    -Mère considère que Fille est assez humaine pour s’occuper des enfants et la laisse donc faire

    Enfin c’est comme ça que je le vois ?

  23. yan 3 janvier, 2021 at 17:51

    Analyse très appréciable. Mais un volet important, le spirituel, me semble ignoré dans cette analyse, qui me permet de renvoyer Woman (H. Swank) du côté des derniers exterminés. Oui nous sommes 38 ans après les faits, ce qui correspond à peu près à l’âge de Woman mais quelques questions se posent :

    – Les dessins de son livre (dans « Les dieux de Mars » de E. R. Burroughs qui mériterait un détour, et que je laisse ici de côté) représentent aussi des adultes. Ils sont même assez nombreux ;
    – Lorsqu’elle y ajoute le portrait de Daughter, elle interrompt son trait, réfléchit. Mérite-t-elle d’y figurer ? Peut-elle être des leurs ?
    – Elle dévore le plateau repas, goûtant de tout à la fois, d’une nourriture oubliée. Etonnée, surprise, elle ne serait pas alors APX01 comme j’ai pu lire dans certains commentaires.
    – Et surtout, d’où vient son éducation religieuse ? Au sommet de l’angoisse, elle prie « Je vous salue Marie ». Chez elle, dans son container, sur son autel illuminé, elle en a même une statuette, objet qu’attrape Mother pour lui parler… de sa mère, et que côtoie une statuette de l’Archange Gabriel. Le plan serré sur cet autel n’est pas anodin, l’image s’attarde comme le regard de Mother. Ce n’est pas juste une collection d’objets amassés, elle y met de la lumière et elle sait prier. Face à ce cargo, symbole de la surconsommation de l’ancien monde, Mother fait écho à l’autre Mère que prie Woman (Peut-être que Woman fouine parfois dans le bateau échoué, comment éclaire t-elle son autel ?).

    Woman est une mémoire de l’ancien temps, une rescapée qui a quitté les autres depuis longtemps (on pense à Oblivion de J. Kosinski), ou la dernière survivante qui s’accroche à la mémoire et s’est rapprochée du garde-manger, à savoir le champs de maïs (elle a un épi sec dans sa besace), et elle trouve à boire quand les machines arrosent ces champs, d’où la bouteille vide et sèche qu’elle garde précieusement. Elle dit que ces champs sont apparus depuis 6 mois, c’est ainsi qu’elle se fait attraper. Plutôt dans sa jeune quarantaine, a perdu ses parents entre 2 et 5 ans, a été adoptée par Jacob et Rachel (des noms bibliques qui font écho à l’Histoire des débuts), il reste 2 balles dans son arme qu’elle ne doit pas utiliser à la légère (on pense à The Road de J. Hillcoat).

    Quant à Daughter, très éduquée, instruite, Mother sait que sa fille qui s’endormait en écoutant « Le magicien d’Oz », il lui manque quelque chose. Truffée de théories, elle n’a jamais été confrontée à des problèmes graves, n’a jamais dû prendre une décision dans le réel, se frotter à l’ambivalence. Woman sert à cela, et c’est pour cela qu’au plus fort de ses émotions, Mother décide de lui faire passer son examen, non sans avoir semé le doute en elle : Elle la manipule au sujet des balles, Daughter apprend à mentir. Elle démarre l’examen pour APX03, qui ignore qu’il a existé 01 et 02.
    Question 1 : Se sent-elle incomprise ? Oui.
    Question 2 : Elle est inquiète, Oui.
    Question 3 : Elle a parfois des pensées trop négatives pour en parler. Oui. (too bad – que je ne traduis pas ici par mauvaises)
    Elle réussit pour avoir dit oui aux questions qui touchent à l’affect. Confrontée à Woman, elle a pris la décision de l’aider, de se rapprocher de l’unique représentant humain qu’elle rencontre enfin, tout en s’en méfiant. Dans Die Wand (« Le mur invisible ») de J. R. Pölsler, c’est tout le contraire, la femme submergée par l’émotion, tue l’homme dernier espoir d’une possible repopulation, pour venger son chien. Mother sait que Woman n’est pas un danger, laisse partir Daughter, car elle connaît la “patience et [la] force de caractère” dont elle sait faire preuve.

    Si Daughter est appelée à prendre le relais pour la repopulation, elle s’émancipe de sa révolte d’adolescente en exécutant Mother (qui inverse le concept du père qu’il faut tuer et évoque l’idée future de lignées matriarcales). Mais il est possible que les machines arrivent à leur terme. Mother dit qu’elle a préparé la Terre pour les futurs hommes, les champs de maïs sont récents, l’arrosage automatique semble être l’eau de mer dessalée, au loin des grandes structures verticales éclairées, des antennes comme de futures cités, et Mother est une entité, une conscience unique au-dessus de tout, dont l’élimination d’un représentant ne pose pas de problème. Daughter se retrouve seule dans la base face aux milliers d’embryons. La symbolique de la famille évoquée par le biais religieux, Marie, Gabriel, Daughter portant un garçon dans ses bras comme un fils, ramène à la nativité, la maternité, la responsabilité des femmes en donnant la vie. Mais aussi que l’IA, en laquelle l’homme met aujourd’hui sa confiance par le transhumanisme, est difficilement accessible autant qu’un Dieu créateur, dont l’homme rêve de devenir le rival. Le choix de Daughter n’est pas entièrement libre, c’est Mother qui dirige son choix vers un APY, alors que ses essais avaient été des X. Il lui fallait une femme, future pour éduquer et redémarrer. L’humanité de Daughter s’exprime aussi dans son choix aléatoire APY10, qui remet le doute, l’imprévu au centre, Mother la machine suit une progression arithmétique, 01, 02, 03.

    Mother va voir Woman dans son container, on pense tout de suite qu’elle la tue, mais il me semble qu’elle a une mission pour elle. Elle veut savoir où se trouve la mine. A-t-elle besoin de fermer la porte pour la tuer ? Pourquoi ne pas envoyer un robot programmé pour cela ? Elle vient seule, grâce à l’émetteur. Surtout elle n’a pas détruit le livre de dessins qui l’a beaucoup intéressée, insistant sur le garçon à lunettes, car on a tué en vrac des jeunes dont on ne connaissait pas les comportements futurs. Comprend t-elle enfin les reproches de Daughter ? Mother aurait-elle appris l’empathie au contact de Daughter, comme Roy le Nexus 6 de Blade Runner ? Arrive à droite deux engins comme des bras tractés, trop petits pour être des broyeurs. Cela laisse l’ouverture à une suite, comme c’est la mode. Mother veut qu’elle la conduise aux autres, s’ils existent. Si Mother récite à Daughter enfant que l’humain peut être aussi merveilleux, les notions de bien et de mal sont pour elle les pôles + et – d’une batterie, mais elle perçoit la complexité des relations humaines en observant les deux femmes. Woman est la dernière détentrice d’une connaissance spirituelle qui intéresse Mother car elle a compris que Woman y puise une force qu’elle ne connaît pas. Dans la base, Daughter berce Petit frère et observe en face l’espace réservé à l’IA où se rechargeait Mother. Si cette conscience s’est retournée contre les humains comme Tet dans Oblivion, à trop vouloir le meilleur, elle a atteint le pire en faisant beaucoup de mal, et Daughter porte le regard de la dissidence et du libre-arbitre. Un jour les hommes redeviendront très nombreux, en attendant, c’est elle qui va élever la première génération, et même si elle pleure devant la place vide de Mother, elle choisit le camp des humains. La perfection de la machine faillit dans l’absence de sentiments (on pense à Ex Machina de A. Garland et d’ailleurs le titre du film au Québec). L’APX qui réussit son examen est une humaniste, qui équilibre la distance que lui donne la connaissance (sciences, philo), l’empathie qui la rapproche (psychologie), devenant un être sensible. Les examens sont nombreux et périodiques (12 dans le tiroir), les résultats sont connus dans une salle médicale et Mother a éliminé 01 et 02 dès l’enfance, vu le temps écoulé et l’âge supposé de Daughter.

    Etrangement, l’instruction de Daughter comprend l’entretien de la mémoire de la nature par des vidéos et les origami (bel hommage à Ridley Scott) d’arbres et de grands animaux. C’est une vision plus optimiste, qu’une part de cette nature aurait survécu dans certains endroits (comme dans Oblivion), que celle sombre et réaliste de l’enfant qui jette son livre dans The Road pour ne pas entretenir la mémoire d’un monde disparu qu’il n’a jamais connu, qui n’a plus rien à voir avec lui.

    Quant au clonage, je ne suis pas convaincue. Petit frère dans les bras de Daughter est un Noir. Les embryons peuvent avoir été préservés avant l’extermination, de l’important stock préservé dans les banques, comme c’est le cas aujourd’hui. La ressemblance entre les deux actrices évoque plutôt la sororité, ou la fraternité entre les humains, qui ne peut coexister entre un homme et une machine. Les plans rapprochés des visages des deux femmes va vers ce sens quand Woman dit à Daughter qu’elle n’est pas à sa place dans la rigueur froide des machines, qui à force de vouloir le bien, ont fait un mal bien plus grand. La sécheresse musicale, le bruitage, les pas lourds de Mother sur une magnifique et séduisante voix douce – seul élément de chaleur qui détonne dans cet univers a priori hostile, mais qui ne rassure pas – empêche toute possibilité d’identification par le spectateur, que le film tient sur ses gardes, même du côté de Daughter. L’identification s’esquisse quand paraît Woman, mais il est difficile de choisir l’insécurité. Tout comme Daughter qui retourne à la base, comprenant qu’entre deux formes d’insécurité, il y a du monde à sauver dans son monde clos.

    Le film défend une position intermédiaire entre Kant et Bentham qui irait du côté des métaphysiciens. La morale n’est pas forcément affaire de raison et flirte avec la ligne anti-kantienne du cinéma de Michael Haneke qui dit que le mal ne repose ni sur la raison ni sur la morale, mais un ensemble de circonstances dont la conséquence est un dérapage vers le mal (Haneke par Haneke. Entretiens avec Michel Cieutat et Philippe Rouyer, Paris, Stock, 2012). En d’autre terme, personne n’est foncièrement mauvais au départ, ce que semble nous dire l’image de Mother regardant le dessin du garçon à lunettes. Et le regard, d’abord craintif, puis de plus en plus affirmé de Daughter devant l’IA siégeant dans une installation en arc de cercle n’est pas sans rappeler le panoptique de Bentham.

  24. Dolores 4 février, 2021 at 00:08

    Wouow Yan ( et Christopher Guyon bien entendu). Vos 2 analyses se completent bien pour moi, humaine un peu plus lente du cerveau (Mother m’aurait sans nul dout très vite supprimée 😂). Mais j’ai encore un petit questionnement sur le choix de la berceuse rassurante… Non ce n’est pas tiré du magicien d’Oz Yan, (over the rainbow est ma chanson préférée, mais c’est familier… Je me demande si ce n’est pas dans Dumbo… Et pour moi son regard de fin est tout simplement son sens du devoir et abnégation arrivé à maturité grâce aux leçons de Mother… J’aimerais penser que Mother ne tue pas Hilary Swank, mais elle n’a pas l’air d’aimer les “humains à l’ ancienne” donc peu probable qu’elle la laisse vivre… 😞

  25. Yan 5 février, 2021 at 19:06

    Merci Dolores. Non je ne connais pas la berceuse, mais le livre dans les mains de Mother laisse entendre qu’elle lui en lit des passages. Donc il y a la berceuse et la lecture. Et ce n’est pas vraiment ce que je lirais pour un petit enfant le soir. C’est vrai Mother n’aime pas l’humain à l’ancienne, mais Woman l’intrigue, c’est un mystère. Oui l’abnégation aussi est dans le regard de Daughter et je trouve cela triste.

  26. Julien 7 février, 2021 at 20:21

    Une fille qui dessine et une autre qui fait des pliages.
    Une IA qui veut relancer une humanité plus intelligente
    Comme avec la machine à remonter le temps, il est difficile d’être parfait sur les scénarios de SF. Ici le film ne fait pas exception.

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