PARASITE : Explication et analyse

La pauvreté est olfactive mais aussi indélébile

Bong Joon Ho nous montre, dans son film un aspect très intéressant de la hiérarchie sociale en Asie. Quelques soient les efforts mis en avant par la famille Kim pour gravir les échelons sociaux, ils seront constamment rattrapés par ce qui constitue viscéralement leur pauvreté: leur odeur. Le rapport à l’odeur est très intéressant dans le film et le réalisateur nous apprend que la pauvreté a une odeur. La famille Kim vit dans un logement miteux et insalubre, faisant la cuisine un peu partout, dormant avec environ les mêmes vêtements.. Tous ces éléments font que leur odeur corporelle est indélébile, et quelque soit leur nouvelle manière de s’habiller ou de se coiffer, l’odeur ne ment pas. 

Il y a une scène où le père Kim, lorsqu’il raccompagne Monsieur en voiture, se rend compte de cela. Monsieur renifle à l’arrière de la voiture comme s’il y avait soudainement une nouvelle odeur qui rentrait dans sa vie, une odeur forte, bien qu’il ne la comprenne pas. Papa Kim comprend rapidement que l’odeur provient de lui et se sent à son tour. La scène suivante, toute la famille Kim lave son linge dans leur appartement. 

L’odeur, c’est le facteur de richesse sociale qui ne ment pas, et cela, le père Kim le comprend assez rapidement, ce qui petit à petit l’amène à devenir fou. 

Ce point du film est vraiment intéressant car il dénonce une réalité palpable dans les pays asiatiques, notamment au Japon où le rapport à l’odeur est constamment soulevé. Il y a, chez les Japonais, une discrète obsession de la “bonne” odeur, en plus de leur rapport à la propreté. Il se trouve que la bonne odeur n’est pas celle que l’on croit; la bonne odeur n’est pas révélée par le bon choix de Chanel mais par l’absence d’odeur plutôt. Par exemple, les Japonais trouvent sincèrement que les Occidentaux, de manière générale, sentent mauvais. Une étude indique d’ailleurs que la raison en est que les occidentaux et les Japonais, et même Coréens possèdent des gênes différents; le chromosome 16 produirait en nous une substance geaisseuse, le sébum, en partie responsable de la sueur de l'odeur corporelle, différente selon les êtres humains.

Force est donc de constater que les Kim ne monteront jamais les échelons quoiqu’ils fassent. La classe sociale est donc représentée par l’odeur. Pourquoi pas DES parasites ?

La classe sociale est LE Parasite

Le rapport émis face à l’odeur est un concept très asiatique. Seulement, ce n’est pas ce que le réalisateur critique sévèrement. Il nous parle plutôt de hiérarchie sociale et des privilèges que les riches ont sur le dos des pauvres. La famille Kim se voit transformée au début du film, mais il y a une chose qu’ils ont toujours été, et c’est débrouillards. Ils sont beaucoup plus coriaces que les riches, naïfs et un peu plus passifs. 

Un des parallèles flagrants qui nous est montré pour appuyer cet écart social se trouve à la moitié du film, lorsque, après s’être cachés pendant des heures sous la table du salon pour ne pas se faire remarquer par les Parks qui dormaient, réussissent enfin à sortir de la maison pour aller dans la leur. Ce soir là, il pleut des cordes et le petit Da-song joue aux scout dans le jardin, en faisant du Talki-Walkie avec son père dans le salon. Bien qu’il pleuve comme pas possible, Da-Song est quand même en sécurité, à l’abri dans une belle tente dans le jardin. Bong Joo Ho fait un parallèle à ce moment avec la famille Kim qui rentre chez elle et voit leur appartement complètement inondé. Eux doivent régler une situation critique, pendant les Park ont juste vu leur weekend “Scout” annulé. 

En cela, nous sommes encore une fois renvoyés à cet écart que Bong Joon Ho ne souhaite pas qu’on oublie. 

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